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Irene Bloemraad parle de populisme et de l’opposition entre « nous » et « eux »

by Juanita Bawagan
mai 22 / 18
DavidDodge
Image de la bannière : Elizabeth McIsaac (présidente de la Fondation Maytree) anime la période de questions avec Irene Bloemraad (professeure de sociologie à l’Université de la Californie à Berkeley). (Photo : Tanja-Tiziana)

Avec la montée du populisme, de nombreux pays sont moins disposés à accueillir les immigrants. Au-delà des barrières physiques et technologiques, ils se mettent de plus en plus à « la création discursive de frontières », dit Irene Bloemraad. 

« Il y création de frontières, symboliques et sociales, on divise le monde en deux, en “nous” et en “eux” », a-t-elle dit lors de la conférence David Dodge du CIFAR, à Toronto, le 2 mai dernier. Bloemraad est Boursière principale au sein du programme Bien-être collectif du CIFAR et professeure de sociologie à l’Université de la Californie à Berkeley.

Des politiciens comme Donald Trump, qui étiquettent les immigrants et les réfugiés comme faisant partie des « autres », le font souvent en invoquant les « valeurs nationales ». Mais les « valeurs nationales » sont-elles intrinsèquement hostiles aux immigrants ou bien pourrions-nous utiliser ce langage pour promouvoir l’inclusion? Pour répondre à ces questions, Bloemraad a créé une expérience qui formule les enjeux dans le cadre des « valeurs américaines ».

Dans son enquête, elle a présenté à des Californiens un scénario avec une formulation légèrement différente. Chaque scénario décrivait une femme qui n’a rien à manger et qui n’a pas d’assurance-maladie. Toutefois, chaque scénario commençait par expliquer que les États-Unis n’en ont pas assez fait pour soutenir soit les « valeurs américaines », soit les droits civils, soit les droits de la personne.

Bloemraad a été étonnée de voir que les gens percevaient davantage la situation comme un problème quand on la présentait dans le cadre des valeurs américaines, même quand le sujet décrit était un immigrant illégal. Et dans ces cas-là, les répondants tendaient aussi à soutenir davantage l’intervention gouvernementale. Les répondants blancs, asiatiques et latinos, ainsi que les conservateurs et les libéraux ont réagi de la même façon.

« Cela veut tout simplement dire que ces cadres sonnent justes pour quelqu’un. La situation trouve un écho chez eux », dit Bloemraad. « Si un cadre ne touche pas les gens, il tombe littéralement dans l’oreille d’un sourd. »

Peut-être que les valeurs américaines touchent les gens, car on utilise le langage des « droits » sans l’obligation. Quand on parle des valeurs américaines, les gens parlent souvent d’un droit à la liberté et à la propriété. Les gens utilisent aussi un langage compatissant, comme « aider » et évitent de décrire ce que nous « devrions » faire.

Bloemraad s’intéresse personnellement à ces recherches dans le contexte canadien. Sa famille a quitté l’Europe pour immigrer au Canada, et elle a grandi à Toronto et à Saskatoon avant de déménager aux États-Unis. Elle est une experte de la position de soutien du Canada quant aux niveaux d’immigration et du multiculturalisme au Canada.

Elle dit que le discours sur les valeurs nationales au Canada inclut davantage la diversité, mais cela ne veut pas dire que le Canada est immun à des réactions contre les immigrants. L’animatrice Elizabeth McIsaac, présidente de la Fondation Maytree, a souligné l’exemple d’un politicien canadien qui a fait campagne en faveur d’un examen sur les « valeurs canadiennes » que devraient passer les immigrants.  

Bien que les gens qui défendent les droits des immigrants hésitent à utiliser ce langage, Bloemraad avance qu’il serait possible de l’utiliser pour promouvoir un message inclusif.

« Si nous ne nous servons pas du langage sur les valeurs, des personnes qui souhaiteraient créer davantage de frontières et d’obstacles pourraient se l’approprier. Si nous nous en servions, nous pourrions le présenter de façon plus inclusive. »