Search
  • Nouvelles
  • Institutions, Organisations et Croissance

Une étude révèle que la culture influence la stratégie dans un jeu de coordination en ligne

by CIFAR juil. 14 / 14

Selon une nouvelle étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, les gens établissent de meilleures stratégies avec ceux qui partagent leur propre culture et ont du mal à prédire le comportement des personnes de culture différente.

Cette étude, dont les sujets se trouvaient en Inde et aux États-Unis, a fait appel à un jeu de stratégie en ligne; elle contribue à expliquer pourquoi les gens, de façon générale, préfèrent interagir avec ceux qui ont des expériences de vie similaires – un phénomène qui s’appelle homophilie.

Des sujets en Inde ou aux États-Unis ont joué à un jeu avec un partenaire en ligne où ils devaient choisir l’une de trois situations : une récompense égale pour eux et l’autre joueur (30 cents, 30 cents); ou l’une de deux récompenses inéquitables (20 cents, 50 cents, ou 50 cents, 20 cents). Les joueurs devaient choisir le même résultat, sinon ils obtenaient tous les deux zéro. La plupart des joueurs ont choisi l’option équitable, mais les joueurs indiens étaient plus susceptibles que les joueurs américains de choisir l’une des deux récompenses inéquitables.

L’auteur principal et économiste, Matthew O. Jackson (Université Stanford et Institut Sante Fe), Boursier principal de l’Institut canadien de recherches avancées, explique que les résultats démontrent que les joueurs dans chaque pays employaient une stratégie très différente et avaient des attentes très différentes de la part de l’autre joueur. Les joueurs en Inde étaient plus susceptibles de choisir une option inégale, même si, au bout du compte, ils obtenaient parfois moins d’argent.

« Vous vous rendez compte que sans effort de coordination vous en sortirez bredouille; et si je crois que l’autre personne pourrait bel et bien choisir un partage inégal, je serai prêt à me contenter de 20 cents », explique Jackson, qui a écrit l’article en collaboration avec Yiqing Xing (Université Stanford).

Les joueurs indiens pouvaient habituellement prédire que les autres joueurs indiens choisiraient un partage inégal, mais ils ont eu à tort la même attente des joueurs américains. De même, les Américains s’attendaient à ce que leurs homologues indiens jouent comme les Américains.

« Ils n’étaient pas nécessairement conscients des différences et ils projetaient leur propre culture sur les autres », dit-il.

Dans une perspective plus large, Jackson dit qu’une meilleure compréhension des normes sociales pourrait aider les chercheurs à comprendre pourquoi des pays aux lois, aux gouvernements et aux institutions similaires se retrouvent avec des sociétés et des économies très différentes. Cette question se trouve au cœur du programme Institutions, organisations et croissance de l’ICRA qui mise sur une approche intégrée pour tenter de comprendre pourquoi certains pays sont riches et d’autres pauvres, et examiner l’effet des établissements et des organisations sur la croissance économique.

« L’étude des institutions dans des pays différents peut mener à des résultats très différents », explique Jackson. Par exemple, un bureaucrate qui demande un pot-de-vin dans un pays donné pourrait être signalé aux autorités compétentes et congédié, alors que dans un autre pays, le pot-de-vin pourrait être une transaction attendue et normale.

Jackson précise qu’il mène aussi des recherches sur le sujet avec Daron Acemoglu (Massachusetts Institute of Technology), Boursier principal de l’ICRA, dans le cadre desquelles il examine comment la coordination entre les gens détermine les normes sociales.

« Dans une culture, il peut y avoir des comportements respectueux des lois et, dans une autre, des comportements irrespectueux des lois et ceux-ci peuvent être très résilients », dit Jackson L’étude a examiné un élément de ce casse-tête dans un cadre très contrôlé dont les enjeux sont faibles et a amélioré notre compréhension des façons complexes par lesquelles les sociétés façonnent le comportement humain.

Ces recherches ont été financées en partie par les entités suivantes : National Science Foundation, Air Force Office of Scientific Research and Defense Advanced Research Projects Agency et Army Research Office Multidisciplinary University Research Initiative.