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Les émotions négatives sont pires pour la santé des Américains que pour celle des Japonais

by Lindsay Jolivet nov. 5 / 14

Être malheureux est mauvais pour la santé. Les émotions négatives sont associées à la maladie mentale et aux états chroniques, ce qui semble indiquer que, règle générale, les gens plus heureux sont en meilleure santé. Toutefois, une nouvelle étude a découvert que les émotions négatives rendent les Américains plus malades que les Japonais et la culture pourrait être en cause.

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Les émotions négatives rendent les Américains plus malades que les Japonais, selon une nouvelle étude

Hazel Markus (Université Stanford), Associée de l’ICRA, et collaborateurs ont analysé des données issues de l’ensemble de données MIDUS-MIDJA qui regroupe les réponses de sondages menés aux États-Unis et au Japon sur la fréquence à laquelle les gens ressentent les émotions suivantes : nervosité, désespoir, peur, colère ou plusieurs autres émotions négatives. Les chercheurs ont comparé les résultats avec le niveau de santé et ont découvert que les Américains qui se sentaient mal étaient beaucoup plus susceptibles d’être malades que les Japonais qui étaient tout aussi malheureux.

Selon Markus, psychologue sociale au sein du programme Bien-être collectif, la différence pourrait être d’ordre culturel.

« L’appartenance culturelle influence considérablement la définition que nous donnons d’une personne épanouie et en santé et, conséquemment, d’une société gagnante et en santé », dit Markus.

Le monde occidental met l’accent sur l’individualisme qui maintient que les gens sont responsables de leur succès, de leurs actions et de leur bonheur. D’où l’impression que si on se sent mal, c’est de notre faute.

« Il y a tant de choses en Occident et, bien sûr, dans la culture populaire, ces jours-ci en particulier, qui soulignent la positivité — nous devrions éviter les émotions négatives et voir le bon côté des choses, voir le verre à moitié plein », explique Markus. « Vous sentir bien est votre responsabilité. Les émotions positives indiquent que vous êtes une bonne personne, une personne épanouie. »

Par contre, la culture japonaise et bien d’autres cultures non occidentales voient les émotions négatives occasionnelles comme étant inévitables et faisant naturellement partie de la vie sociale quotidienne.

« Vous reconnaissez que les émotions négatives concernent votre univers social, vos relations avec les autres », dit Markus. « Vous reconnaissez aussi que les situations vont évoluer et qu’il en ira de même pour vos émotions négatives. » De bonnes personnes peuvent ressentir des émotions négatives; cela n’est pas un défaut.

De nombreux facteurs culturels sous-tendent cette vision des choses, y compris l’influence de traditions religieuses, comme le Bouddhisme qui maintient que la réalité est en constante évolution et que le bien est toujours entrelacé avec le mal. Markus dit que le bonheur au Japon ressemble davantage au contentement, ce qui est bien différent du bonheur vibrant et somptueux que le rêve américain vante depuis des décennies. Conséquemment, il semble que les Japonais ne se laissent pas autant abattre quand ils sont malheureux.

L’article de recherche illustre ce concept par une citation tirée d’un article d’un psychiatre japonais publié dans le New York Times. « La mélancolie, la sensibilité et la fragilité ne sont pas des émotions négatives dans le contexte japonais », a dit le psychiatre. « Il ne nous a jamais traversé l’esprit d’essayer de les éliminer, car il ne nous a jamais traversé l’esprit qu’elles étaient négatives. »

La santé mentale est un problème au Japon, pays qui affiche un des taux de suicide les plus élevés sur la planète. Toutefois, règle générale, les émotions négatives ne pèsent pas aussi lourdement sur la santé physique et mentale qu’aux États-Unis.

Selon Markus, les Nord-Américains pourraient apprendre à réfléchir de façon plus large à ce qui les rend malheureux, plutôt que de creuser en eux-mêmes pour trouver la source de leur tristesse. En outre, ils pourraient aussi apprendre que les émotions négatives sont inévitables.

Cette étude a été publiée dans la revue Psychological Science.