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Une étude découvre que la bonne gouvernance est essentielle au bonheur

by Lindsay Jolivet déc. 8 / 14
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Image: Le square Lindenhof à Zurich (Suisse). La conception d’espaces publics propices à l’interaction sociale est l’un des principes de la gouvernance axée sur le bien-être. Photo: Wikipedia Commons

Un gouvernement fiable, des lois rigoureuses, des dirigeants dignes de confiance et la liberté d’expression : voilà les ingrédients de base d’une vie heureuse, découvre un nouvel article publié par le National Bureau of Economics Research.

Corédigée par John Helliwell (Université de la Colombie-Britannique), Boursier principal de l’ICRA, l’étude compare l’autoévaluation des citoyens de leur propre bien-être avec un certain nombre de mesures de l’efficacité d’un gouvernement, entre autres : lois, lutte contre la corruption, imputabilité et stabilité politique. D’après les résultats, les citoyens qui vivent dans un pays où règne une bonne gouvernance se disent globalement plus heureux.

Cette étude réalise de nouvelles mesures de la qualité d’un gouvernement. Habituellement, les chercheurs examinent dans quelle proportion un gouvernement aide l’économie et enrichit le pays et ses citoyens. Il est vrai qu’un PIB plus élevé augmente le niveau de bonheur, mais cette nouvelle étude observe qu’une bonne gouvernance améliore la vie des gens autrement qu’en les enrichissant.

Par exemple, la corruption peut être préjudiciable pour un pays, car cela nuit à l’économie. Mais la corruption peut aussi saper la confiance du public. L’étude découvre que d’affermir la confiance du public envers les institutions accroît davantage le bonheur que le seul effet positif de l’économie.

Parmi les autres facteurs clés associés au bien-être, notons la liberté de faire ses propres choix de vie et le sentiment d’appartenance.

En outre, les chercheurs ont découvert que même les améliorations à court terme de la qualité de la gouvernance renforcent considérablement le niveau de bonheur. Les dix pays qui ont le mieux réussi à augmenter l’efficacité de leur gouvernement entre 2005 et 2012 ont augmenté le bonheur des citoyens d’un niveau équivalent à une augmentation de 40 pour cent du revenu par habitant, relativement aux dix pays dont la qualité de la gouvernance a diminué le plus pendant la même période. Voici les pays qui ont connu l’amélioration la plus importante : territoires palestiniens, Rwanda, Géorgie, Myanmar, Pologne, Paraguay, Taiwan, Macédoine, Brésil et Pérou.

« L’analyse de la qualité d’un gouvernement pendant la récession mondiale a démontré qu’il est possible d’apporter des changements significatifs dans la qualité du gouvernement en quelques années et que ces améliorations ont amélioré la vie des gens davantage que ne l’aurait fait toute amélioration de la croissance économique », explique Helliwell, co-directeur du programme Interactions sociales, identité et mieux-être.

D’après ces résultats, les auteurs recommandent que les gouvernements revoient l’élaboration des politiques par la lorgnette du bien-être et établissent les priorités en fonction du bonheur des citoyens.

« Si la recherche démontre que certaines politiques permettent aux gens d’améliorer leur qualité de vie et celles des autres, en fonction de leur propre perception de leur qualité de vie, alors tous bons gouvernements devraient essayer d’agir en conséquence », ajoute Helliwell.

Pour garantir le bonheur par la gouvernance, il faut concevoir et gérer l’espace public pour encourager l’interaction sociale et créer des mesures pour réduire la corruption et accroître la confiance. En outre, les résultats démontrent que, jusqu’à l’atteinte d’un certain seuil, la mise en application efficace des politiques est plus importante que d’avoir des institutions démocratiques efficientes. Conséquemment, les gouvernements devraient d’abord s’attaquer à la mise en œuvre des politiques.

En matière de gouvernance, il faut aussi voir comment les décisions sont prises et qui participe au processus. Les auteurs donnent l’exemple de réformes importantes du système carcéral à Singapour, à la fin des années 1990, auxquelles ont participé les prisonniers, les gardiens, le personnel et les collectivités locales dans l’objectif d’aider les détenus à changer leur vie. Après les réformes, le récidivisme a baissé du tiers.

Ceux qui contestent une gouvernance axée sur le bien-être croient que légiférer pour le bonheur créerait un État providence ou un gouvernement orwellien qui dicte aux citoyens comment être heureux.

« La société que George Orwell imagine dans son roman 1984 est à l’opposé de ce que serait une société axée sur le bien-être », répond Helliwell. Selon lui, les politiques axées sur le bien-être habiliteraient les gens à améliorer leur qualité de vie et celle de leur entourage, « et être heureux ce faisant ».

Voici les autres auteurs de ce nouvel article publié par le NBER : Haifang Huang, Shawn Grover et Shun Wang.