Search
  • Nouvelles
  • Réseaux Génétiques

Une nouvelle entreprise met au point des anticorps qui luttent contre le cancer

by CIFAR janv. 29 / 15

Pour Jason Moffat, Boursier principal de l’ICRA, des années de recherche fondamentale ont mené à ce qu’il appelle « le rêve du généticien » — la capacité de fabriquer des anticorps synthétiques pour lutter contre les maladies, comme le cancer — et à une entreprise qui permet l’administration de ces médicaments aux patients.

Kit-Fab2-1_R2
L’anticorps (bleu et rouge) se fixe au récepteur KIT (vert) qui est un récepteur d’un facteur des cellules souches (bleu clair). Cela entraîne l’inhibition de la signalisation KIT qui détermine certains cancers. 
Image : Dr Sidhu (TRAC) en collaboration avec le Dr J. Schlessinger et Kolltan Pharmaceuticals.

Moffat et d’autres scientifiques ont fondé une nouvelle société canadienne de biotechnologie, Northern Biologics, grâce à l’octroi de 10 millions de dollars en fonds d’investissement d’un cabinet de capital de risque américain, Versant Ventures. La société mettra au point des médicaments contre le cancer et la fibrose.

Leur mine d’or se compose d’une collection de milliards d’anticorps synthétiques tous conçus pour identifier rapidement des fragments d’anticorps individuels que l’on peut développer plus à fond. Les anticorps sont des molécules naturelles fabriquées par l’organisme pour éliminer virus et infections. Les anticorps synthétiques sont synthétisés à partir de zéro en laboratoire à l’aide des règles de la nature, et il est aisé de les modifier, les copier et les produire en plus grande quantité pour en faire des agents biothérapeutiques. Comme les anticorps synthétiques imitent les anticorps naturels, ces agents biologiques sont moins susceptibles d’entraîner des effets secondaires toxiques que les chimiothérapies conventionnelles.

« On a démontré que les anticorps sont de très bons médicaments », explique Moffat, professeur à l’Université de Toronto et Boursier principal au sein du programme Réseaux génétiques de l’ICRA. « Les gens les acceptent maintenant, mais il y a dix ou quinze ans, non. » Les anticorps sont aujourd’hui parmi les médicaments qui se vendent le mieux au plan mondial.

Ces travaux sont issus d’années de recherche sur la science fondamentale de nos cellules. L’un des objectifs de Moffat est de cerner ce que l’on appelle l’ensemble de « gènes essentiels » chez l’humain. Ces gènes sont essentiels à la croissance et à la division cellulaire et font souvent l’objet d’une dérégulation en cas de maladie. Le cancer détourne des gènes essentiels à ses propres fins et provoque des mutations dans ces gènes ou d’autres pour entraîner une croissance cellulaire incontrôlée.

Les chercheurs au sein du laboratoire de Moffat cultivent des cellules dans des vases et observent leur croissance et leur division dans diverses conditions. Ils provoquent des mutations, et activent et désactivent des gènes pour découvrir la nature des gènes et des protéines essentiels à la prolifération d’un cancer donné. Ils se penchent ensuite sur la cible des anticorps — des protéines clés exprimées à la surface des cellules cancéreuses.

Grâce à des percées technologiques, les scientifiques peuvent créer des anticorps aptes à cibler ces protéines de surface et constituent des bibliothèques de milliards d’anticorps qu’ils mettent à l’essai et perfectionnent jusqu’à l’obtention de molécules capables de se fixer aux cellules atteintes et de les tuer. « Les anticorps sont intéressants, car ils peuvent agir directement sur les cellules atteintes, mais ils recrutent aussi le système immunitaire naturel pour lutter contre la maladie. En utilisant des anticorps pour traiter la maladie, nous en apprenons beaucoup sur la biologie fondamentale de l’être humain », dit Moffat.

Sachdev Sidhu, l’un des fondateurs de Northern Biologics, a constitué à l’aide de la technique de l’exposition sur phage la bibliothèque d’anticorps qu’utilisera la société pour fabriquer des médicaments. Sidhu, un invité aux rencontres du programme Réseaux génétiques de l’ICRA, travaille à l’Université de Toronto depuis 2008; il était auparavant chez Genentech, une société pharmaceutique. Il explique que la science est très similaire, mais le travail en milieu universitaire est différent.

« La grande différence ici c’est qu’il y a beaucoup plus de collaborations à l’extérieur du laboratoire et c’est un gros avantage », précise-t-il.

Cette collaboration entre Moffat, Sidhu et d’autres, y compris les collègues fondateurs de Northern Biologics Brad Wouters, Ben Neel et Rob Rottapel (tous du Princess Margaret Cancer Centre) s’est révélée essentielle pour transférer ces résultats scientifiques à l’industrie. Charles Boone et Brenda Andrews (Université de Toronto), Boursiers principaux de l’ICRA, ont collaboré à des travaux subventionnés par Génome Canada qui ont mené à la fondation du Toronto Recombinant Andibody Centre (TRAC), au Centre Donnelly de l’Université de Toronto, en 2010. Selon Andrews, le TRAC a permis aux scientifiques de tisser des liens avec des partenaires de l’industrie, et la biologie fondamentale à la base du TRAC et de Northern Biologics a tracé la trajectoire vers le monde des affaires.

« Voilà un bon exemple de la recherche fondamentale qui jette les assises essentielles d’applications pratiques », dit Andrews.

Moffat est du même avis et ajoute que grâce à de meilleures technologies il a été plus facile d’envisager dès le départ comment appliquer la science fondamentale. « La science ne se résume plus à réaliser une découverte et à la publier. Avec une bonne organisation, nous pouvons mener nombre de nos découvertes beaucoup plus loin. » Northern Biologics donne de l’essor au secteur de la biotechnologie au Canada à un moment où les scientifiques disent que l’industrie délaisse les médicaments à petites molécules, comme la chimiothérapie, au profit des médicaments biologiques.

« Ils rationalisent un grand nombre de leurs initiatives de chimie thérapeutique, car bien franchement, la fabrication de médicaments à l’aide des méthodes conventionnelles est très lente, lourde et coûteuse », explique Moffat. La mise au point et la production de médicaments à petites molécules peuvent prendre vingt ans à réaliser par une équipe de chimistes, dit-il. Northern Biologics quant à elle prévoit commencer les essais cliniques de phase 1 dans quatre ans environ.