Search
  • Nouvelles
  • Architecture moléculaire de la vie

Une « trousse à outils » ancestrale pour la survie des cellules cancéreuses

by Robin Lee oct. 9 / 15
ancient-toolkit-cancer-1-1280x430
Image: Une image illustrant des cellules de myélomes synthétisant des anticorps. Les chercheurs ont mené des études sur un type de cancer qui s’appelle le myélome multiple. Image: Lydia Kibiuk / National Cancer Institute

De nouvelles recherches laissent suggérer que les cellules cancéreuses qui résistent à la chimiothérapie pourraient revenir à une forme plus primitive de vie unicellulaire par le recours à une « trousse à outils » comportementale qui leur permet de s’adapter, d’évoluer et de survivre à des conditions stressantes.

Robert Austin (Université de Princeton), conseiller au sein du nouveau programme de l’ICRA Architecture moléculaire de la vie, et l’auteure principale Amy Wu, postdoctorante au National Institute of Standards and Technology, ont mis au point un dispositif qui entraîne une chimiorésistance chez les cellules cancéreuses. Ils ont ensuite procédé au séquençage de l’ARN – les molécules qui encodent les protéines, régulent le comportement cellulaire et accélèrent les réactions chimiques.

Pour mieux comprendre l’émergence de cette résistance, ils ont tenté de repérer des « gènes brûlants » comptant un nombre anormalement élevé de mutations en fonction de leur longueur, ainsi que des « gènes froids » sans mutations, mais qui étaient activés et désactivés à des taux inhabituellement élevés comparativement à leurs homologues non résistants. La recherche de mutations dans les gènes du cancer ne date pas d’hier, mais les chercheurs voulaient aussi savoir si d’autres gènes sans mutations jouaient peut-être un rôle non encore parfaitement élucidé.

L’inspiration est venue d’idées originales émises par Paul Davies, Université d’état de l’Arizona, et Charlie Lineweaver, Université nationale d’Australie. De dire Wu, « Il existe une hypothèse selon laquelle le cancer dispose d’une trousse de survie ». « Et quand les cellules cancéreuses se retrouvent dans un environnement difficile, comme la chimiothérapie, elles tentent de l’ouvrir. » Wu explique que des études antérieures ont démontré que les bactéries peuvent exhiber un pareil comportement et ainsi réparer leur ADN et modifier leur reproduction en réaction au stress.

Les chercheurs ont découvert que sur une échelle temporelle évolutive, les gènes brûlants et les gènes froids sont aussi anciens que l’origine bactérienne de l’humanité, suggérant par le fait même que le cancer cible spécifiquement ces gènes plus anciens pour s’adapter au stress de la chimiothérapie. Conséquemment, l’équipe se demande si les chercheurs ne sont pas passés à côté d’une partie de l’histoire en misant tellement sur les mutations.

« Nous avons en quelque sorte modifié l’orientation que devraient prendre selon nous les recherches sur la chimiothérapie », dit Austin. « Bon nombre de chimiothérapies ciblent des gènes mutants, mais selon moi cela veut dire qu’ils ne sont probablement pas si importants. Les gènes sans aucune mutation pourraient être les plus importants de tous. »

Cette perspective étonnante sur le rôle des gènes sans mutations dans le cancer constitue un changement de direction par rapport aux études conventionnelles qui ne peut découler que d’un regard neuf. L’expérience de recherche d’Austin et Wu englobe toute une gamme de disciplines, y compris la physique, les sciences atmosphériques, l’électronique et le génie électrique. « Selon moi, il est important de s’associer à des gens d’autres domaines qui pensent différemment et qui regardent les choses sous un autre jour, autrement on risque de se retrouver dans une impasse, n’est-ce pas? », dit Austin. « Nous avons besoin de personnes qui examineront un domaine sans en être l’expert pour voir les choses d’une perspective différente. »

Les résultats ont été publiés dans les PNAS.

Ces recherches ont été financées en partie par le National Cancer Institute.