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  • Bien-être collectif

La culture influence l’incidence sur la santé de l’expression de la colère

by CIFAR déc. 1 / 15

Dans les cultures occidentales, la colère est habituellement associée à des expériences de vie négatives et à une mauvaise santé.

Mais c’est différent dans les cultures asiatiques où la colère se manifeste le plus souvent chez ceux qui jouissent d’un haut statut et d’une situation prestigieuse. 

Objet de l’étude

Cette étude explore l’importance du contexte culturel dans le lien entre l’expression de la colère et le risque pour la santé biologique. À l’aide de grandes bases de données populationnelles, elle compare des biomarqueurs du fonctionnement cardiovasculaire et de l’inflammation chez des participants américains et japonais, ainsi que des mesures des quatre facettes principales de la colère.

Contexte

De récentes recherches ont démontré qu’une plus grande expression de la colère est associée à une moins bonne santé, particulièrement en matière de risque cardiovasculaire et d’inflammation, parmi les personnes moins instruites et d’un statut socioéconomique inférieur. Toutefois, la plupart de ces résultats et de ces recherches se fondent sur des populations occidentales.

L’expression de la colère compte deux aspects distincts. Premièrement, elle peut se manifester par frustration quand des obstacles se dressent devant les objectifs et les désirs d’une personne. Deuxièmement, la colère peut représenter une expression de domination et d’intimidation. Dans les cultures occidentales, où l’indépendance et le « soi » sont hautement appréciés, les objectifs et les souhaits personnels sont importants. Le fait de ne pas avoir les ressources nécessaires pour réaliser ses objectifs entraîne donc de la frustration qui s’exprime par la colère. Par opposition, les cultures asiatiques mettent l’accent sur l’interdépendance. L’expression de la colère est habituellement vue comme un événement socialement perturbateur dans une société hiérarchique.

Des études antérieures réalisées par les chercheurs de cette étude ont découvert que (i) les adultes japonais puissants et de statut élevé expriment davantage de colère que ceux de statut inférieur, et (ii) le fait de ressentir des émotions négatives (la colère n’a pas été mesurée) est en corrélation positive avec un risque pour la santé biologique chez les Américains, mais pas chez les Japonais. Ces résultats ont mené les chercheurs à émettre l’hypothèse que les personnes de haut statut au Japon peuvent en fait être en meilleure santé que leurs compatriotes qui expriment moins de colère.

De plus, cette étude mise sur des recherches de pointe portant sur des femmes d’origine ethnique différente vivant à Brooklyn (New York) qui ont mis au jour l’influence des différences culturelles sur le lien entre colère et santé. Toutefois, ces travaux se sont limités à l’examen d’un des aspects de la colère seulement, soit la propension chronique à la colère et se sont basés sur des renseignements sur la santé autodéclarés. Par opposition, l’étude actuelle évalue les quatre facettes de la colère, y compris l’expression de la colère, et a recours à des mesures objectives de la santé pour deux grands groupes populationnels : des Japonais (vivant au Japon) et des Américains.

Résultats

Une plus grande expression de la colère est associée à un risque accru pour la santé biologique des Américains, mais à un risque moindre pour les Japonais. Comme il a été découvert dans des études antérieures menées dans des cultures occidentales, une plus grande expression de la colère était associée à des risques accrus pour la santé biologique des Américains. En fait, les effets observés sur la santé étaient bien plus importants que les résultats de l’étude précédente qui analysait l’expérience des émotions négatives. Par opposition, l’expression de la colère était associée à un risque moindre ou à une meilleure santé chez les Japonais. Les chercheurs n’ont pu expliquer ces associations par le sexe, l’âge, l’état de santé, le tabagisme, la consommation d’alcool, les maladies chroniques ou des expériences déclarées d’émotions négatives. 

Pour les autres facettes de la colère, les chercheurs n’ont pas observé d’augmentation du risque pour la santé biologique. Les chercheurs n’ont pas découvert la même relation entre une moins bonne santé et d’autres facettes de la colère, comme une propension chronique à la colère ou à quel point les participants supprimaient ou maîtrisaient les sentiments de colère.

Les différentes expériences qui transcendent les contextes culturels se reflètent dans le lien entre l’expression de la colère et la santé. L’expression de la colère est complexe et déclenchée par de nombreux facteurs dont certains sont propres à la culture. Le contexte culturel qui crée la colère semble être plus mauvais pour la santé que la colère elle-même. Aux États-Unis, l’expression de la colère pourrait refléter à quel point les gens sont frustrés, connaissent la pauvreté ou ont un faible statut, tout cela aggravé par toute autre circonstance qui peut toucher négativement la santé. Au Japon, l’expression de la colère peut refléter la mesure dans laquelle les gens se sentent admissibles à certains droits et priviléges.

Méthodes

Les chercheurs ont examiné les données du sondage parallèle Midlife aux États-Unis et le sondage parallèle Midlife au Japon à l’aide de multiples mesures du risque pour la santé biologique. Ils ont eu recours à des biomarqueurs de l’inflammation (interleukin-6 et protéine C-réactive) et des troubles cardiovasculaires (tension artérielle systolique et rapport cholestérol total – cholestérol HDL). Des recherches antérieures ont établi un lien entre l’inflammation et la fonction cardiovasculaire avec l’expression de la colère.

De plus, ils ont mesuré les quatre facettes de la colère, y compris la fréquence à laquelle les participants ont exprimé de la colère verbalement ou physiquement, la propension chronique à la colère (ou la colère réactionnelle), la mesure dans laquelle ils ont supprimé leur colère, ainsi que la mesure dans laquelle ils ont essayé de maîtriser l’expression de la colère.

Les chercheurs ont ensuite tenu compte du sexe, de l’âge, du rapport taille-hanche, de la maladie chronique, du tabagisme, de la consommation d’alcool et des expériences d’émotions négatives déclarées, autant de facteurs associés à l’inflammation et au risque cardiovasculaire dans des recherches antérieures.

Finalement, pour vérifier si la relation entre l’expression de la colère et le risque pour la santé biologique reflétait le statut social, les chercheurs ont examiné le niveau de scolarité et la situation professionnelle des participants. De plus, les chercheurs ont demandé aux participants de classer leur statut social sur une échelle comptant dix barreaux. Ils ont tous dû choisir le barreau qui correspondait selon eux à leur situation dans leur « propre collectivité ». 

L’expression de la colère est complexe. Pour mieux comprendre ses effets sur les résultats en matière de santé, il faut tenir compte des facteurs socioculturels.

Répercussions

Il s’agit de la première étude à recourir à de grands échantillons populationnels interculturels pour examiner le lien entre l’expression de la colère et la santé. Toutefois, il est nécessaire de réaliser des recherches longitudinales qui suivent les participants de cultures différentes au fil du temps. Le recours de cette étude à de multiples mesures du risque pour la santé biologique encouragera d’autres recherches sur l’interface entre les résultats socioculturels et neurobiologiques. Le résultat voulant que le lien entre l’expression de la colère et ces risques pour la santé varie entre les cultures souligne le besoin d’intégrer des perspectives culturelles dans des travaux futurs. 

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Chercheurs : Shinobu Kitayama, Université du Michigan, Ann Arbor; Jiyoung Park, Université de la Californie à San Francisco; Jennifer Morozink Boylan, Université de Pittsburgh; Yuri Miyamoto, Université du Wisconsin–Madison; Cynthia S. Levine, Université Northwestern; Hazel Rose Markus (Boursière principale de l’ICRA), Université Stanford; Mayumi Karasawa, Université chrétienne pour les femmes de Tokyo; Christopher L. Coe; Université du Wisconsin–Madison; Norito Kawakami, Université de Tokyo; Gayle D. Love, Université du Wisconsin–Madison; et Carol D. Ryff, Université du Wisconsin–Madison.

Référence : Kitayama, S. « Expression of Anger and Ill Health in Two Cultures. » Psychological Science, 26:2 (2015).