Search
  • Compte-rendu de recherche
  • Interactions sociales, identité et mieux-être

La participation à des activités de groupe ralentit le déclin cognitif

by CIFAR févr. 11 / 16

Les personnes âgées qui ont une vie sociale plus active ont tendance à jouir d’une meilleure santé cognitive. Toutefois, certains types d’activités et de relations semblent entraîner davantage de bienfaits pour la santé que d’autres.

Objet de l’étude

Cette étude explore les bienfaits pour la santé cognitive d’une vie sociale plus active chez les personnes âgées. Elle a recours à des données populationnelles issues de l’English Longitudinal Study of Ageing pour comparer les effets sur les compétences cognitives de participer à des activités de groupe ou bien à des activités individuelles au fil du vieillissement.  

Contexte

Un nombre croissant d’études longitudinales a confirmé que les facteurs sociaux ont un effet considérable sur la santé cognitive des personnes âgées. Celles qui entretiennent davantage de liens sociaux ont des compétences cognitives plus solides et sont moins vulnérables à un déclin cognitif au fil du temps.

L’application efficace de ces résultats requiert une bonne compréhension de ce qui détermine la qualité et la nature de l’engagement social bénéfique, ainsi que des processus physiologiques par l’entremise desquels cet engagement influence l’habileté cognitive. Les recherches jusqu’à présent ont porté principalement sur la qualité et la nature de l’engagement social. On sait peu de choses sur les processus physiologiques qui sous-tendent ces effets et comment l’engagement social influence les processus biologiques.

La plupart des études sur le vieillissement ont mis l’accent sur l’engagement social individuel (par exemple, avec un conjoint, un enfant, un ami proche) et n’ont pas établi de distinction entre ces effets et ceux de l’engagement de groupe, comme de faire partie de groupes sociaux (par exemple, clubs récréatifs, groupes communautaires ou religieux). Certaines recherches ont découvert que la qualité des relations sociales, définie par l’étendue de la participation active, est plus importante que la taille du réseau social. Cela soulève la question suivante : qu’est-ce qui fait que l’engagement et le soutien sur le plan social sont possibles?

La théorie de l’identité sociale avance que les bienfaits cognitifs et autres bienfaits pour la santé émanant de liens sociaux s’expliquent par leur influence sur l’identité sociale. Les gens sont plus susceptibles de participer à des activités sociales avec d’autres s’ils ressentent un sentiment d’appartenance et une identité partagée, ainsi que le sentiment d’avoir un but dans la vie. Pour vérifier cette théorie directement, la présente étude évalue l’effet sur la capacité cognitive de l’engagement individuel versus l’engagement de groupe au fil du temps.

En vieillissent, l’établissement de liens avec des groupes sociaux gagne en importance. Le rendement cognitif d’une personne de 50 ans jouissant de nombreux liens de groupe correspondait au niveau d’une personne de 46 ans, alors qu’une personne de 80 ans avait la capacité d’une personne de 70 ans.

Résultats

L’incidence de l’engagement et de relations de groupe sur la fonction cognitive est indépendante de l’engagement individuel. L’engagement de groupe et l’engagement individuel étaient tous deux fortement associés à la fonction cognitive aux différents points temporels analysés. Toutefois, il s’agit en fait de deux éléments distincts des relations sociales qui devraient être examinés séparément dans des études sur la relation entre le déclin cognitif et le vieillissement.

Les gens qui continuent à participer à de multiples groupes sociaux obtiennent de meilleurs résultats dans des épreuves cognitives que ceux qui prennent part uniquement à des activités individuelles. L’engagement de groupe a eu une plus grande incidence sur l’habileté cognitive que l’engagement individuel, quoique les relations individuelles aient joué un certain rôle dans la prédiction de la robustesse cognitive. Ce résultat s’est maintenu quand les chercheurs ont tenu compte de l’âge, du sexe, du statut socioéconomique, de l’ethnicité, et des valeurs initiales de la santé mentale et physique. 

L’incidence des liens avec des groupes sociaux sur la santé cognitive augmente avec l’âge. L’engagement de groupe avait une importance modérée pour les gens au début de la cinquantaine, mais cela devenait beaucoup plus important à la fin de la cinquantaine et encore plus important pour les fourchettes d’âge suivantes. Une personne de 50 ans avec un grand nombre de liens de groupe avait le rendement cognitif d’une personne de 45 ans, alors qu’une personne de 80 ans avait le rendement cognitif d’une personne de 70,5 ans. Les chercheurs ont observé un déclin significatif de toutes les mesures sociales au fil du temps, particulièrement en matière de participation et de contact, et sur le plan de deux mesures cognitives, la mémoire immédiate et la mémoire différée. Le nombre de liens sociaux ou de groupes n’a pas eu d’incidence sur les résultats en matière de santé. 

Méthodes

Les chercheurs ont comparé l’incidence de différents types d’engagement social sur la santé cognitive au fil d’une période de quatre ans à l’aide de données recueillies par les 3e, 4e et 5e vagues de l’English Longitudinal Study of Ageing. Les 3413 participants avaient 50 ans et plus, avec un âge moyen de 62 ans. La base de données contient des données sur des changements en matière de santé, de paramètres économiques et de circonstances sociales.

Les chercheurs ont mis l’accent sur les mesures suivantes :

Mesures de l’engagement social

Mesures de la fonction cognitive

Participation à des activités culturelles

Orientation

Activités communautaires

Fluidité verbale

Nombre de groupes dont font partie les participants

Mémoire prospective

Qualité des relations

Mémoire immédiate

Fréquence des contacts

Mémoire différée

Nombre de relations étroites

Solitude

Les chercheurs ont aussi tenu compte de l’âge, du sexe, du statut socioéconomique, de l’ethnicité et de la santé physique perçue pour écarter ces facteurs comme explication possible aux tendances observées. L’ensemble de données n’a pas défini les mesures de l’engagement social comme étant soit un engagement de groupe ou un engagement individuel. Les chercheurs ont réalisé une analyse factorielle pour les deux ensembles de mesures à chaque point temporel. Les facteurs identifiés ont fait l’objet d’une analyse corrélationnelle en vue d’examiner la stabilité des relations entre ces variables au fil du temps.

Un investissement dans des initiatives de promotion de formes collectives d’engagement offre la possibilité de mettre au point des traitements simples et rentables qui peuvent améliorer la vie et la santé des gens, et permettre des économies – sans avoir recours à des médicaments.

Ensuite, l’équipe de recherche a effectué une régression hiérarchique pour vérifier la prédiction voulant que l’engagement de groupe joue un rôle plus important pour soutenir la santé cognitive au fil du temps. Ils ont mené trois analyses de la sensibilité pour examiner la possibilité de causalité inverse où le déclin cognitif pourrait expliquer des changements dans les relations sociales

Répercussions

Le résultat voulant que l’engagement de groupe contribue à ralentir le déclin cognitif plus efficacement que l’engagement individuel avec l’âge souligne les types de relations sociales dans lesquelles les gens devraient investir pour maintenir leur activité mentale et rester autonomes plus longtemps – les relations sociales associées à des activités de groupe. De plus, cette étude a des répercussions sur l’attribution des ressources communautaires aux personnes âgées. Pour favoriser l’adhésion des gens à des groupes sociaux, ainsi que le maintien de leur participation, les collectivités doivent investir dans les ressources et les infrastructures nécessaires, comme le transport, les espaces accessibles et les activités pertinentes. 

Télécharger le PDF


Chercheurs : Catherine Haslam (Boursière principale de l’ICRA), Tegan Cruwys, S. Alexander Haslam (Boursier principal de l’ICRA), Université du Queensland.

Référence : Haslam, C. « The we’s have it: Evidence for the distinctive benefits of group engagement in enhancing cognitive health in aging. » Social Science and Medicine, 120:57 (2014).