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Les conflits de pouvoir à l’aire de jeu sont complexes – et importants

by Lindsay Jolivet févr. 28 / 16

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De nouvelles recherches ont découvert qu’il est difficile de repérer les meneurs et les suiveurs, ou les gagnants et les perdants, dans une classe de maternelle.

Une étude publiée dans Frontiers of Psychology révèle que les relations entre les enfants ne sont peut-être pas aussi hiérarchiques qu’on le présumait. Un enfant qui mène lorsqu’il joue à tenir maison avec un ami peut être un suiveur avec quelqu’un d’autre. Dans une situation différente, les deux amis insisteraient peut-être pour que les choses se fassent à leur manière.

Les chercheurs savent déjà que le statut d’un enfant tôt dans la vie influence son comportement. Occuper une position inférieure dans la structure sociale de la classe pourrait favoriser le passage à l’acte chez l’enfant, minant sa réussite et éventuellement sa santé plus tard dans la vie. Les résultats ajoutent à la complexité de notre compréhension des relations qui nous permettrait de cerner rapidement les comportements normaux et les comportements préoccupants chez les enfants.

Ces nouvelles recherches ont été réalisées en collaboration par les chercheurs de l’ICRA Joel Levine (Université de Toronto), Nancy Adler et W. Thomas Boyce (tous deux de l’Université de la Californie à San Francisco), ainsi que par Nicole Bush (Université de la Californie à San Francisco), et Mireille Golemiec et Jonathan Schneider du laboratoire de Levine. Il s’agit de l’une de plusieurs études réalisées jusqu’à présent par la Peers and Wellness Study (PAWS), lancée par Boyce, pour étudier les effets des facteurs sociaux sur la santé.

L’étude a observé quelques centaines d’enfants en maternelle dans des écoles à Berkeley (Californie). Les chercheurs ont examiné les interactions quand les enfants menaient, suivaient, se comportaient agressivement et faisaient montre de gentillesse altruiste envers leurs pairs, parmi d’autres comportements. Le laboratoire de Levine a analysé les données à l’aide d’une méthode qui ne présumait d’aucune hiérarchie claire.

« Dans les écrits sur les animaux, les gens ont l’habitude d’entendre parler du mâle alpha ou de la femelle alpha », dit Levine. Cette perspective présume que si la femelle alpha exerce une influence sur un autre animal, disons le singe B, et que le singe B exerce une influence sur le singe C, alors la femelle alpha occupe un rang supérieur à celui du singe C.

Toutefois, après l’application d’un nouveau type d’analyse sociale, le laboratoire de Levine a découvert que bien qu’il y ait une certaine hiérarchie, de nombreuses interactions avaient lieu sans égard au rang. « Nous apprenons l’une de deux choses. Soit que les enfants examinés ne sont pas aussi hiérarchisés qu’on le pensait, ou bien nous les attrapons à un moment dans leur vie où ils essaient de comprendre comment composer avec tout cela », explique Levine.

Selon Levine, on pourrait aussi appliquer ces résultats aux interactions sociales en général. Il ajoute que cela soulève des questions fascinantes quant aux facteurs qui déterminent si une personne est plus rigide ou fluide dans ces interactions – si elle suit la plupart du temps, ou si elle mène souvent, aussi – et quand cela importe. De plus amples recherches examineront comment le statut socioéconomique influence ces relations.

En outre, Levine précise que des collaborations futures avec Michael Kobor (Université de la Colombie-Britannique), Boursier principal de l’ICRA, pourraient examiner les facteurs génétiques et épigénétiques prédisposant éventuellement un enfant à certaines interactions. Levine aura également recours à une approche fondée sur les réseaux sociaux pour la réalisation de recherches dans son laboratoire, qui se penche habituellement sur la façon dont les gènes contribuent à la dynamique de groupe chez les drosophiles. Selon lui, sa participation à cette étude constitue un bon exemple des recherches interdisciplinaires fructueuses menées au sein du programme Développement du cerveau et de l’enfant de l’ICRA.

« L’ICRA nous permet de comprendre que nous faisons tous des choses qui se recoupent », explique Levine. « Je n’ai pas changé de domaine d’études, j’ai simplement élargi mes intérêts pour étudier quelque chose qui m’importe et cela est très valorisant. »