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Dieux moralisateurs et l’essor des sociétés complexes

by Kurt Kleiner avr. 7 / 16
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Une croyance de plus en plus profonde en des dieux qui nous voient faire quelque chose de mal et qui nous punissent a peut-être été un facteur clé dans l’évolution de grandes sociétés complexes en encourageant les gens à agir de façon morale envers ceux qui ne font pas partie de leur communauté immédiate.

Des recherches menées par Joseph Henrich (Université Harvard et Université de la Colombie-Britannique), boursier principal au sein du programme Institutions, organisations et croissance, ont permis d’analyser cette idée en demandant à des gens de répartir de l’argent équitablement entre eux-mêmes et quelqu’un de leur communauté locale, ou entre eux-mêmes et un coreligionnaire éloigné qu’ils n’ont jamais rencontré.

Plus ils avaient la conviction que leur dieu accordait de l’importance à la moralité et qu’il les surveillait et était prêt à les punir, plus ils étaient susceptibles de partager l’argent équitablement avec quelqu’un dont ils n’étaient pas proches.

« Ces recherches soutiennent l’idée que si vous croyez en un dieu qui voit ce que vous faites et qui vous punit d’avoir mal agit, alors vous êtes plus susceptible d’exhiber un comportement prosocial à l’extérieur de votre cercle immédiat », explique Henrich.

Ces recherches pourraient contribuer à expliquer comment sont apparues les grandes sociétés complexes et comment elles ont fait pour survivre.

Les humains ont passé le plus clair de leur évolution en petits groupes où la réputation était une chose importante et où les autres étaient en position de récompenser ou de sanctionner un comportement. Mais une fois qu’une société prend de l’ampleur, il est difficile, voire impossible de connaître tout le monde de réputation. Il est difficile de comprendre pourquoi les gens dans de plus grandes communautés devraient continuer à faire montre d’un comportement prosocial envers d’autres qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ne rencontreront peut-être jamais.

Des recherches antérieures avaient démontré que des sociétés de plus grande taille et d’une plus grande complexité politique ont tendance à miser davantage sur les punitions surnaturelles et à compter plus de divinités moralisatrices. Mais Henrich et son équipe désiraient vérifier ce lien plus directement.

Ils ont étudié des gens dans huit communautés différentes sur la planète, y compris des fermiers, des chasseurs-cueilleurs et des communautés avec intégration des marchés, ayant diverses croyances religieuses, y compris l’hindouisme, le christianisme, le bouddhisme et bien d’autres traditions religieuses locales.

On a fait s’asseoir les participants devant deux tasses et une pile de trente pièces de monnaie. Dans un cas, les tasses étaient identifiées à leur nom ou au nom d’un coreligionnaire éloigné qu’ils ne connaissaient pas. Dans l’autre cas, les tasses étaient identifiées au nom d’un coreligionnaire de leur village ou au nom d’un coreligionnaire éloigné.

On a demandé aux participants de choisir mentalement une tasse et de lancer les dés pour déterminer s’ils devaient mettre l’argent dans la tasse qu’ils ont choisi ou dans l’autre. L’idée c’était que personne – pas même les expérimentateurs – ne pouvait savoir s’ils trichaient, mais au plan statistique cela deviendrait évident s’ils se choisissaient souvent aux dépens des autres, ou s’ils choisissaient souvent les personnes de leur village plutôt que les personnes éloignées.

Les résultats ont démontré que la croyance un en dieu moralisateur diminuait d’un facteur cinq la fréquence à laquelle les gens se sont choisis ou ont choisi un membre de leur village. Fait important, la croyance des gens en des dieux locaux moins puissants et non moralisateurs ne permettait pas de prédire leur comportement dans cette expérience.