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Au-delà des « niveaux » de la conscience

by Kurt Kleiner juin 14 / 16
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Pour élucider la conscience, les chercheurs doivent dépasser cette idée selon laquelle on peut mesurer la conscience à l’aide d’une seule échelle. Ils doivent plutôt percevoir la conscience comme ayant de multiples dimensions.

Cette conclusion à laquelle sont arrivés deux chercheurs du programme Cerveau, esprit et conscience Azrieli de l’ICRA est publiée dans la revue Trends in Cognitive Sciences et découle d’une discussion interdisciplinaire qui a eu lieu lors de la première réunion du nouveau programme.

« C’est un bon point de rencontre entre philosophes et neuroscientifiques », dit Tim Bayne (Université Western), philosophe et Boursier principal de l’ICRA au sein du programme. « On nous enseigne à réfléchir à des questions de taxonomie. Les neuroscientifiques fondent leurs discussions sur les détails de la science. »

Bayne a publié l’article en collaboration avec le neuroscientifique Adrian Owen (Université Western), Boursier principal et codirecteur du programme, ainsi qu’avec le coauteur Jakob Hohwy (Université Monash, Melbourne). Même si Bayne et Owen sont professeurs à la même université, l’idée a vu le jour lors d’une discussion pendant la première réunion du programme de l’ICRA, dit Bayne.

Les chercheurs et les médecins utilisent les niveaux de la conscience pour décrire le coma et ses suites, et le niveau de conscience augmente au fur et à mesure qu’on passe du coma, à l’état végétatif, à l’état de conscience minimale et à d’autres niveaux supérieurs. En outre, on utilise de plus en plus les niveaux pour décrire la conscience dans le contexte de la sédation légère, du sommeil et de certains types de crises épileptiques.

Selon Bayne et Owen, le problème c’est que la conscience n’est pas si simple. Ce n’est pas comme la taille ni le poids qui ne peuvent qu’augmenter ou diminuer.

Par exemple, comment comparer le niveau de conscience d’une personne endormie et qui rêve avec celui d’une personne sous sédation? Les deux n’ont aucune conscience du monde extérieur. Mais nous savons que le rêveur rêve, alors que la personne sous sédation ne fait probablement pas de rêves. Une de ces deux personnes est-elle plus consciente que l’autre?

Bayne et Owen avancent plutôt que les chercheurs doivent mettre au point une échelle multidimensionnelle de la conscience. Ils suggèrent au moins deux grands domaines de mesure. Le premier concernerait le contenu de la conscience. Par exemple, une personne complètement éveillée est ouverte à un vaste éventail de contenu détaillé, comme de voir un oiseau en vol ou de reconnaître un visage familier. Une personne sous sédation légère, d’un autre côté, ne pourrait avoir qu’une vague conscience du mouvement ou de la forme d’un visage.

L’autre dimension est de nature fonctionnelle. Il s’agit de voir dans quelle mesure le contenu de la conscience est disponible pour le raisonnement, la mémoire, l’action exécutive, etc. Par exemple, les travaux d’Owen ont démontré que certaines personnes dans un état apparemment végétatif ont en fait conscience du monde extérieur et peuvent participer à certains types d’action (comme d’imaginer des scènes) en obéissant à un ordre. Des personnes aux prises avec certains types de crises épileptiques peuvent réagir à leurs perceptions, mais seront peut-être incapables de raisonner ou de former des souvenirs d’après ces perceptions.

Bayne dit qu’une meilleure compréhension des diverses dimensions de la conscience aidera les chercheurs à comprendre comment la conscience prend racine dans les rouages du cerveau, et pourrait aussi avoir des répercussions sur le traitement de troubles de la conscience.