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Les aversions alimentaires et les tabous protègent les femmes enceintes

by Naomi Buck juin 15 / 16

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Asseyez-vous avec un groupe de femmes enceintes et bien vite la conversation va tourner autour de la nourriture : l’une d’entre elles veut de la crème glacée, une autre veut du foie et une troisième doit traverser la rue chaque fois qu’elle voit un Starbucks, car elle n’endure pas l’odeur du café.

De nouvelles recherches réalisées sur l’île fidjienne de Yasawa soutiennent l’idée que les envies et les aversions alimentaires sont des stratégies adaptatives pour assurer la santé du fœtus. Les femmes évitent les aliments qui pourraient contenir des toxines et des pathogènes, et ont envie d’aliments qui renferment les nutriments dont le fœtus a besoin.

Ces recherches jettent aussi de la lumière sur la façon dont les tabous sociétaux sur les aliments dangereux interagissent avec les envies et les aversions alimentaires.

« Tout comme dans nos études antérieures sur l’île, ces recherches suggèrent que les femmes de Yasawa composent avec les défis de la grossesse grâce à des adaptations génétiques et culturelles. Ces travaux illustrent l’utilité d’étudier le comportement humain par la lorgnette de la génétique et de la culture », dit Joseph Henrich (Université Harvard), Boursier principal au sein du programme Institutions, organisations et croissance.

Son article, écrit en collaboration avec Mark Collard et Luseadra McKerracher, a été publié dans la revue Human Nature.

Parmi les femmes de Yasawa à l’étude, 71 pour cent d’entre elles ont signalé avoir développé une aversion alimentaire pendant la grossesse, le plus fréquemment pour le poisson et le manioc. Et 70 pour cent des femmes ont signalé des envies, principalement pour la banane et le plantain. Les femmes n’avaient pas eu d’aversion pour la plupart des aliments dont elles avaient envie et vice versa. L’exception notable était le poisson que 81 pour cent des femmes avaient en aversion, contre 20 pour cent qui en avaient envie.

L’étude appuie l’idée selon laquelle les aversions se manifestent pour protéger l’embryon. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le poisson; les femmes, inconsciemment, se tiennent loin des aliments qui pourraient renfermer des pathogènes, car leur système immunitaire déprimé pour accepter le tissu fœtal étranger, ne peut risquer la possibilité d’une agression par un pathogène. Comme les villages de Yasawa ne peuvent pas réfrigérer leurs aliments, ce risque est particulièrement aigu.

L’envie que ressentent les femmes de manger des produits d’origine animale suggère qu’en raison des demandes nutritionnelles du fœtus, leur organisme requiert de riches sources de protéines et de micronutriments, et les femmes vont donc trouver ces éléments ailleurs – particulièrement sous la forme de poisson (cuit à la température adéquate ou avec des épices antimicrobiennes), de viandes, de produits laitiers ou de coquillages.

L’aversion aux aliments à base de plantes riches en amidon est plus difficile à expliquer, mais il est probable que les femmes de Yasawa réagissent inconsciemment à des composés qui synthétisent du cyanure, présents dans le manioc, et qui pourraient mettre en péril le développement fœtal. Selon une autre hypothèse, la femme enceinte évitera les aliments dont l’indice glycémique est élevé, comme le manioc, pour éviter d’augmenter le risque de diabète de grossesse et de prééclampsie. Comme c’est le cas avec le poisson, éviter des légumes riches en amidon – une des denrées de base du régime de Yasawa —, entraîne des carences énergétiques lesquelles, en retour, déclenchent des envies pour des aliments similaires.

Les recherches antérieures de Henrich avaient examiné le rôle des tabous alimentaires sur l’île de Yasawa où certains aliments sont interdits chez la femme enceinte. Ces travaux ont démontré que les aliments tabous renfermaient des toxines plus susceptibles de nuire au fœtus en développement. Obéir aux tabous réduit le risque de toxi-infections alimentaires causées par la consommation de poissons de 30 pour cent pendant la grossesse, et de 60 pour cent pendant l’allaitement.