Search
  • Reach
  • Interactions sociales, identité et mieux-être

La psychologie de la tyrannie

by Kurt Kleiner juin 16 / 16
The psychology of tyranny

En décembre 2001, 15 hommes se sont portés volontaires pour participer à une expérience en science sociale.

À leur arrivée, ils ont découvert qu’ils devaient jouer le rôle de gardien ou de prisonnier dans une étude conçue pour explorer la psychologie de la tyrannie. Au cours de l’expérience, des gardes ont tenté d’affirmer leur pouvoir, des prisonniers se sont révoltés et un gouvernement communautaire a été constitué et renversé – tout ça en huit jours.

Cette étude se prêtait bien à un format télévisuel, et la BBC en a fait un documentaire en quatre parties, diffusé au début de 2002. Mais il s’agissait aussi de recherches sérieuses en science sociale, réalisées par le Boursier principal Alexander Haslam (Université du Queensland) et son collègue Stephen Reicher (Université de St. Andrews). L’étude de la BBC a réexaminé les leçons tirées de la Stanford Prison Experiment bien connue, menée en 1971, dans laquelle les étudiants qui avaient le rôle de gardien sont rapidement devenus violents. L’expérience semblait démontrer que les gens normaux peuvent facilement adopter un rôle qui mène à un comportement sadique.

Mais l’expérience de la BBC laissait supposer qu’il fallait regarder plus loin que les rôles individuels. C’est plutôt l’identification à un groupe – l’identité sociale – qui a fait toute la différence. Les prisonniers se sont bâti une solidarité de groupe, alors que les gardiens étaient mal à l’aise dans leur rôle. En quelques jours, les prisonniers se sont rebellés et ont établi un ordre égalitaire. Toutefois, le nouveau système n’a survécu que deux jours en raison de l’opposition émanant de certains des premiers rebelles. À la fin de l’expérience, le gouvernement communautaire découragé était prêt à accepter les « nouveaux gardiens » autoproclamés qui étaient beaucoup plus autoritaires que leurs prédécesseurs.

Les chercheurs ont conclu que le risque de voir la tyrannie s’intensifier est plus grand quand des antécédents d’échecs dans le groupe font en sorte que les gens sont plus réceptifs à des solutions extrêmes et qu’une équipe dirigeante est là pour offrir ces solutions. Les chercheurs ont noté que cette analyse est conséquente avec ce qu’on sait de la montée du fascisme en Allemagne après la République de Weimar. 

Les chercheurs avancent que ce n’est pas parce que les auteurs du mal ignorent ce qu’ils font que le mal règnera. Le mal règnera parce qu’ils savent pertinemment ce qu’ils font et qu’ils croient que c’est juste.