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Des patients dans un état végétatif réagissent à l’humour

by Eva Voinigescu oct. 7 / 16
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Pour la première fois, des chercheurs ont démontré qu’un patient dans un état végétatif peut manifester une réaction émotionnelle extérieure à l’humour bien qu’il n’ait par ailleurs aucune réaction comportementale.

Le Boursier de l’ICRA et boursier de Koerner Adrian Owen (programme Azrieli cerveau, esprit et conscience) et Chris Fiacconi, tous deux de l’Université Western, ont eu recours à l’électromyographie (EMG) faciale pour analyser la réaction musculaire faciale de deux patients dans un état végétatif et de 37 patients sains quand on leur racontait des blagues ou des non-blagues. Grâce aux mesures, les chercheurs arrivent à détecter des réactions musculaires plus subtiles qu’à l’œil nu et ils ont pu voir que la réaction musculaire à l’humour de l’un des deux patients dans un état végétatif concordait avec celle des participants sains.

« Ces résultats remettent en question la notion selon laquelle de tels patients n’ont pas de perception consciente et suggèrent vraiment que certains d’entre eux interagissent activement avec leur environnement malgré les apparences extérieures », dit Owen.

L’étude, publiée dans la revue Clinical Neurophysiology, démontre qu’il serait possible d’utiliser l’EMG comme nouvel outil portatif pour évaluer la conscience occulte de patients souffrant d’un trouble de la conscience qui est moins coûteux et invasif que des méthodes de neuroimagerie, comme l’IRMf ou l’EEG (électroencéphalographie).

« Si nous obtenons les mêmes résultats [avec l’EMG] qu’avec l’IRMf ou l’EEG, nous réaliserons beaucoup d’économies et disposerons d’un outil portatif », dit Owen.

Ces résultats s’appuient sur des recherches antérieures qu’il a menées à l’aide de l’IRMf et de l’EEG pour révéler une conscience résiduelle chez de tels patients. Ses études ont démontré qu’environ un patient en état végétatif sur cinq a encore un esprit conscient et certains peuvent volontairement stimuler leur activité cérébrale en réaction à des stimulations externes.

Par exemple, dans une étude antérieure, on a demandé à des patients dans un état non répondant de s’imaginer jouer au tennis pour répondre oui à une question posée, activant par le fait même les aires cérébrales responsables de la fonction motrice. D’autres études de neuroimagerie sur des patients en état végétatif réalisées par d’autres chercheurs ont aussi permis la détection d’activité dans des aires cérébrales responsables du traitement émotionnel. Toutefois, l’étude d’Owen et de Fiacconi, réalisée par EMG, est la première à démontrer les signes d’une réaction émotionnelle externe.

Les deux chercheurs ont fondé leur méthode sur des recherches établies démontrant une association entre des états émotionnels particuliers et des modes spécifiques d’activité musculaire faciale. À l’aide d’électrodes placées sur la joue gauche et la tempe gauche de chaque participant, ils ont mesuré l’activité dans le muscle grand zygomatique qui relève les commissures des lèvres pour nous permettre de sourire et dans le muscle corrugateur du sourcil qui nous permet de froncer les sourcils.

Les sujets témoins ont écouté 88 blagues et non-blagues comportant une structure similaire avec une mise en contexte suivie d’une chute comique. Par exemple, « Que dit la maman grenouille à son petit qui revient à une heure tardive? Dis donc, t’es tard! » Owen et Fiacconi ont comparé la lecture de l’EMG une seconde avant la chute comique avec l’activité moyenne pendant les six secondes suivantes. Ensuite, ils ont lu les 25 blagues les plus drôles et les 25 blagues les moins drôles (d’après la réaction musculaire des sujets témoins) aux deux patients dans un état végétatif.

Les résultats ont démontré que l’un des deux patients, le Patient 1, réagissait aux blagues tout comme les sujets témoins en santé – c’est-à-dire que les blagues augmentaient l’activité des muscles du sourire et diminuaient l’activité des muscles utilisés pour froncer les sourcils.

Grâce aux jeux de mots présents dans les blagues, Owen et Fiaconni ont réussi à déduire que le traitement cognitif supérieur du langage nécessaire pour comprendre les blagues était intact chez le Patient 1 et cerner la cause des réactions observées en associant les mesures à un facteur déclencheur spécifique, dans ce cas-ci, la chute comique d’une blague.

Bien que le Patient 2 n’ait pas manifesté de réactions similaires, il est à noter que chez 5 des 37 sujets témoins, il a été impossible d’enregistrer une différence sur le plan des réactions musculaires à l’écoute des blagues et des non-blagues. Conséquemment, il n’est pas certain que le Patient 2 ait été incapable de comprendre les blagues. Owen et Fiaconni réalisent actuellement une étude de plus grande envergure qu’ils termineront dans un an environ.

« La taille limitée de l’échantillon dans cette étude ne nous permet pas de faire des généralisations quant aux capacités de traitement cognitif et émotionnel des patients dans un état végétatif, dit Owen. Toutefois, l’étude démontre de façon très encourageante que l’EMG pourrait ouvrir une fenêtre très riche vers la vie mentale et émotionnelle de patients végétatifs grâce à des méthodes beaucoup plus accessibles qu’avant. »