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Let Them Eat Dirt

by CIFAR oct. 7 / 16

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Au cours du 20e siècle, l’amélioration des conditions d’hygiène et la mise au point des antibiotiques ont permis d’améliorer considérablement la santé des gens. Toutefois, Brett Finlay, codirecteur du programme Microbiome humain de l’ICRA, avance que nos habitudes anti-germes sont allées trop loin. Dans son nouvel ouvrage, Let Them Eat Dirt, écrit en collaboration avec Marie-Claire Arrieta, il dit aux parents qu’un petit peu de saleté c’est bon pour tout le monde.

LetThemEatDirt_CoverNouvelles et idées : Let Them Eat Dirt est un titre provocateur. Quel message essayez-vous de transmettre?

Finlay : La prémisse du livre c’est qu’on doit se calmer en ce qui concerne notre hyperhygiène et laisser les enfants être des enfants. Il faut leur permettre – particulièrement tôt dans la vie – d’entrer en contact avec les microbes qui se trouveraient normalement sur leur chemin, car nous savons que c’est bénéfique pour eux.

N et I : Pour la plupart d’entre nous, c’est encore du nouveau cette idée. Nous avons tendance à essayer de tout garder aussi propre que possible.

Finlay : Je crois que c’est un vestige des cent dernières années et de tout ce travail qu’on a fait pour assainir le monde. Nous nous sommes rendu compte que les microbes entraînaient des maladies, nous avons donc instauré l’assainissement et les égouts, nous nous sommes débarrassés des souris et des rats, nous avons commencé à avoir des aliments et de l’eau plus salubres et ensuite sont venus les antibiotiques et les vaccins.

Dans les cent dernières années, la mortalité des enfants de moins d’un an est passée de près de 30 pour cent à moins d’un pour cent, ce qui est tout simplement fabuleux. Les enfants ne meurent plus de maladies infectieuses maintenant.

Toutefois, nous sommes en train de nous rendre compte du rôle important que jouent les microbes dans notre développement en tant qu’organisme. Très tôt dans la vie, les microbes jouent un rôle clé dans la formation, l’évolution et le développement de notre système immunitaire, et il y a un lien ici avec les maladies comme l’asthme et les maladies auto-immunes.

Les microbes ont aussi un rôle à jouer dans le développement du cerveau. Nous savons maintenant qu’il existe des liens entre les microbes et l’autisme, la dépression, l’anxiété et le stress. Et même le développement normal de l’organisme, le développement osseux, le développement de la masse musculaire sont en lien avec les microbes.

Et finalement, le lien principal évidemment se situe au niveau de l’intestin où les microbes contribuent à la dégradation des aliments et à la fabrication des éléments dont notre organisme a besoin pour croître.

N et I : Dans votre ouvrage, vous suggérez que les bactéries ne sont pas seulement bonnes pour nous, mais qu’elles font partie de nous d’une certaine façon.

Finlay : Nous devons nous percevoir plutôt comme un écosystème. Il y a 15 fois plus de gènes microbiens que de gènes humains dans nous et sur nous, alors quand nous parlons de notre génome, il faudrait en fait tenir compte de tous ces gènes microbiens. Nous sommes une espèce de super-organisme qui est la somme d’un Homo sapiens et de dix mille milliards de microbes.

Après tout, nous avons évolué avec les microbes. Nous savons que des humains et des animaux exempts de microbes ne peuvent survivre – les microbes fabriquent des vitamines essentielles et sont responsables de tous ces autres processus dont nous avons parlé.

N et I : Il s’agit là en fait d’une des idées principales qui sous-tend le programme Microbiome humain.

Finlay : Oui, précisément, cette réalisation que nous sommes ce super-organisme. Au sein du programme, nous explorons des choses très radicales, comme de voir si les microbes peuvent façonner le comportement humain ou bien, s’il se produit un changement sociétal, qu’elle en sera l’effet sur les microbes et, en retour, qu’est-ce que cela pourrait entraîner chez l’humain.

Et il y a des anthropologues et des biologistes du développement dans le programme. Nous savons que les microbes jouent un rôle important dans notre développement et tout le domaine de la biologie du développement a pratiquement ignoré la question. Et maintenant nous nous rendons compte avec étonnement que ces microbes et toutes les petites molécules qu’ils fabriquent influencent véritablement le développement normal.

N et I : Votre ouvrage est destiné avant tout aux parents. Quels conseils leur donnez-vous? Comment trouver un juste équilibre entre ce qui est trop propre et pas assez propre?

Finlay : C’est en effet une question d’équilibre et le livre en fait état. Nous tentons de donner des conseils utiles fondés sur les connaissances scientifiques que nous détenons. Entre autres, achetez un chien. Cela diminue les allergies de 20 pour cent. Ou si un enfant crache sa suce par terre, les études ont démontré que si le parent la met dans sa bouche et la redonne à l’enfant – plutôt que de la laver et ensuite la redonner à l’enfant – ces enfants qui se retrouvent avec les microbes buccaux de leurs parents souffrent moins d’asthme et d’obésité.

Nous avons tenté d’offrir des conseils utiles en fonction de ce qu’un parent peut véritablement faire pour permettre à ses enfants d’avoir la meilleure exposition microbienne possible dans le monde qui nous entoure.

N et I : Qu’en est-il des antibiotiques?

Finlay: Il s’agit de médicaments miracles incroyables pour guérir les infections bactériennes chez l’enfant et ils ont sauvé des millions de vies. Mais il y a deux problèmes. Nous avons tous entendu parler d’antibiorésistance. Mais nous croyions que pour un individu, le pire qui pouvait arriver c’est que les antibiotiques ne fonctionnent pas, mais qu’ils étaient autrement sans danger.

Et nous nous rendons compte que les antibiotiques bombardent le microbiote et ont des effets profonds sur la composition microbienne. Et il y a tous pleins d’études qui sortent maintenant sur la façon dont leur utilisation tôt dans la vie a une incidence sur l’asthme, les allergies, l’obésité et même, plus tard dans la vie, sur la démence et la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies mentales. Nous devons donc revoir les antibiotiques. Quand vous en avez besoin, utilisez-les, mais faites-le judicieusement.

N et I : L’ouvrage est destiné au grand public et a suscité beaucoup d’intérêt. Comment vivez-vous la chose?

Finlay : En tant que scientifique, j’ai passé ma vie à essayer de publier des articles et à changer le monde. Et cet ouvrage c’est tout simplement une autre façon de faire. Plein de gens semblent être à l’écoute et c’est pas mal chouette.