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Les avantages étonnants du prix de la fiancée pour les femmes

by Marcia Kaye nov. 17 / 16

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La coutume du prix de la fiancée – un paiement du marié aux parents de la mariée – est une pratique controversée qui, pour certains critiques, est l’équivalent d’acheter et de vendre des jeunes femmes. Toutefois, Natalie Bau a découvert un avantage étonnant pour les filles : un niveau plus élevé de scolarisation des femmes. Comme une fille instruite peut commander un prix de la mariée plus élevé, les parents sont très motivés à garder leurs filles à l’école.

Dans certaines sociétés, l’éducation des enfants est très coûteuse, dit Bau, Chercheuse mondiale Azrieli au sein du programme Institutions, organisations et croissance de l’ICRA et professeure adjointe d’économie à l’Université de Toronto.

« Mais parmi les groupes ethniques qui pratiquent le prix de la fiancée, les parents ont accès à cet avantage financier supplémentaire et cela les incite à payer les frais scolaires et à garder leurs filles à l’école », dit-elle.

Le prix de la fiancée est fréquent dans de nombreuses sociétés différentes. Et il est particulièrement répandu en Afrique subsaharienne et dans certaines régions d’Asie. Il s’agit d’une pratique vieille de 3000 ans qui précède le christianisme et l’Islam.

Le paiement, qui peut inclure de l’argent, des biens, des animaux et des marchandises, peut souvent correspondre à un an de salaire ou plus. À l’origine, on croit que cette pratique visait à compenser les parents de la mariée pour la perte d’une fille productive et de la lignée d’enfants futurs, ainsi que de quelqu’un qui aurait pris soin d’eux plus tard.

Dans ses recherches, Bau explore les relations entre les normes culturelles, le comportement économique et les politiques de développement. Avec le concours de trois collègues, elle a étudié la relation entre le prix de la fiancée et l’éducation en Zambie et en Indonésie.

À l’aide de données de 455 mariages en Zambie, ainsi que de données de recensement, de groupes de discussion et d’entrevues auprès de personnes locales qui agissent à titre de négociateurs du prix de la fiancée, elle a découvert que l’achèvement de l’école primaire correspond à une augmentation de 22 pour cent du prix de la fiancée; le premier cycle du secondaire, un autre 43 pour cent; et le deuxième cycle du secondaire, encore un autre 27 pour cent. En Indonésie, les chiffres étaient encore plus marqués : l’achèvement de l’école primaire menait à une augmentation de 66 pour cent du prix de la fiancée.

Les chercheurs ont aussi examiné comment la construction de milliers de nouvelles écoles primaires, en vue de favoriser la fréquentation en réduisant le temps de déplacement, influençait l’inscription à l’école. Dans les deux pays, ils ont découvert que l’inscription des filles avait augmenté, mais seulement chez celles issues de groupes ethniques qui pratiquent le prix de la fiancée. Pour les autres, il n’y a pas eu d’augmentation.

Dans les pays à faible revenu, chaque année d’éducation augmente les salaires de 7 à 11 pour cent. Même si elle ne travaille pas, une mariée instruite peut être estimée sur la base de ses plus grandes connaissances et compétences en tant que femme au foyer et mère. Les femmes instruites, conscientes de l’importante de la nutrition et de l’immunisation, ont des enfants en meilleure santé avec un taux d’alphabétisation plus élevé.

Mais la coutume du prix de la fiancée suscite la controverse, car certains croient que cela confère des droits sexuels et d’autres pouvoirs aux hommes et pourrait piéger les femmes dans des mariages malheureux. On se demande alors si ces nouvelles données annulent les effets négatifs?

Aucunement, dit Bau. « Je ne prétends pas que le prix de la fiancée soit vraiment une coutume positive. »

Mais elle ajoute qu’une interdiction totale de la pratique, comme ce qu’envisagent l’Ouganda et le Kenya, pourrait avoir des effets inattendus sur l’éducation des filles.

« Lors de l’élaboration de politiques, il est important de prêter attention au contexte culturel. Dans une perspective d’ensemble, la culture est importante. »

Les coauteurs de l’article de recherche, « Bride Price and Female Education », sont Nava Ashraf, Nathan Nunn et Alessandra Voena.