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Une occasion pour le Canada de faire preuve de leadership en matière de changement climatique

by Alan Bernstein nov. 18 / 16

L’élection de Donald Trump aux États-Unis la semaine dernière était inattendue (en tout cas pour moi) et il faudra un certain temps avant d’en connaître les répercussions sur les politiques relatives à un vaste éventail de domaines.

L’un des domaines les plus importants pour la planète est l’avenir de la lutte contre le changement climatique. Trump a qualifié le changement climatique de « canular » et a menacé de retirer les États-Unis de l’entente historique de Paris signée par plus de 100 pays, y compris le Canada, il y a un an.

Cette nouvelle période d’incertitude exige encore plus de clarté et de concentration de la part de la communauté internationale. L’économie d’énergie et une plus grande efficacité énergétique sont des mesures importantes, mais en raison de la croissance de la population mondiale, ainsi que du développement économique en Chine et dans le monde en développement, la demande énergétique va au moins doubler dans les prochaines décennies. Au bout du compte, pour résoudre le problème du changement climatique, il faut de nouvelles technologies transformatrices qui n’émettent pas de CO2 ni d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre.

Heureusement, le Canada est bien positionné pour mener ces initiatives. Notre pays est respecté à titre d’intermédiaire international impartial. Sous la gouverne du premier ministre Trudeau, nous sommes devenu un chef de file dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et d’une importance égale, le Canada jouit d’une communauté de recherche solide et hautement crédible.

D’après mon expérience à l’ICRA, je sais que la communauté scientifique au Canada et dans le monde entier est prête à collaborer pour relever ces défis d’envergure mondiale, qu’il s’agisse du bien-être des enfants, ou bien du changement climatique et des énergies renouvelables. Le programme Énergie solaire bioinspirée de l’ICRA compte des scientifiques et des ingénieurs de huit pays et d’autant de domaines. Les boursiers du programme travaillent ensemble pour comprendre comment « pirater la photosynthèse »; ils veulent apprendre de la nature comment la photosynthèse, le processus par lequel les plantes et les algues convertissent l’énergie solaire en mouvement d’électrons, fonctionne et utiliser ce savoir pour mettre au point de nouvelles technologies transformatrices d’exploitation et de stockage de l’énergie solaire.

Mais il faudra plus d’un programme pour résoudre ce problème. Le changement climatique est un défi mondial qui requiert une approche mondiale. Même si les États-Unis respectent leurs engagements de Paris, les dépenses publiques dans la recherche sur les énergies renouvelables sont trop faibles et trop fragmentées pour atteindre même les cibles les plus modestes fixées à la Conférence sur le changement climatique Paris 2015. Les dépenses en recherche totalisent environ 6,5 milliards de dollars US par année, ou moins de 2 pour cent des dépenses publiques mondiales en recherche et en développement, selon des données de l’Agence internationale de l’énergie.

Il nous faut maintenant une initiative énergétique mondiale intégrée qui réunit les meilleurs scientifiques, ingénieurs et innovateurs du monde pour mettre au point des formes robustes et rentables d’énergie renouvelable pour les pays développés et en développement.

Pendant la conférence de Paris l’année dernière, on a fait l’annonce de deux initiatives visant à accroître le financement au profit de la recherche et de l’innovation dans le domaine des technologies propres : Mission Innovation et Breakthrough Energy Coalition.

Mission Innovation se compose d’un groupe de 21 pays, y compris le Canada, qui se sont engagés à doubler les dépenses et à collaborer pour accélérer le développement de formes robustes d’énergies renouvelables. La Breakthrough Energy Coalition est un groupe d’investisseurs privés dirigés par Bill Gates qui se sont engagés à investir 2 milliards de dollars US dans des idées novatrices émanant de recherches subventionnées par l’état dans le domaine de la capture et du stockage d’énergie.

Au début octobre, l’ICRA a réuni un groupe d’éminents scientifiques, y compris de nombreux boursiers de l’ICRA et un lauréat du prix Nobel de chimie, provenant d’une dizaine de pays, et a publié un commentaire dans la revue Nature, exhortant le Canada et ses partenaires de la Mission Innovation à formuler d’un commun accord un ensemble de Grands défis en matière d’énergies renouvelables. Ces Grands défis constitueraient ainsi le moteur d’un programme mondial stratégique et intégré destiné à financer la science et l’innovation nécessaires au développement de nouvelles technologies transformatrices au profit de l’exploitation, du stockage et du transport d’énergie. Comme Bill Gates l’a noté, les secteurs public et privé ont des rôles importants, quoique complémentaires, à jouer. Seuls les gouvernements peuvent soutenir la recherche à risque plus élevé et à plus long terme; les investisseurs privés ont le savoir-faire et les ressources nécessaires pour exploiter la recherche de pointe que soutiennent des organisations comme l’ICRA et en faire des entreprises qui fabriquent des produits qui seront lancés sur le marché.

Il n’y a sans doute aujourd’hui aucun défi plus important ni plus complexe que le changement climatique. L’incertitude politique actuelle aux États-Unis donne l’occasion au Canada de faire ce qu’il fait de mieux depuis toujours : être un intermédiaire impartial qui réunit des pays et d’autres joueurs pour travailler à une cause commune. Le moment est venu pour le Canada d’offrir le leadership nécessaire à l’atteinte d’un consensus entre les gouvernements nationaux, le secteur privé et la communauté scientifique mondiale quant aux défis scientifiques et techniques à relever pour résoudre le problème du changement climatique.