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  • Interactions sociales, identité et mieux-être

La Psychologie du Dun

by CIFAR déc. 8 / 16

Le 4 octobre 2016, l’ICRA, en partenariat avec la Fondation de Vancouver, a tenu un dialogue Agents de changement qui a exploré les aspects sociaux et économiques du don.  Ce symposium a réuni des boursiers de l’ICRA et des dirigeants d’organisations communautaires, de fondations et d’entreprises qui ont échangé des idées et des connaissances pour mieux comprendre comment appliquer les résultats de ces recherches dans leurs pratiques de travail.

À l’occasion de cette activité animée par Robin Cory, Colbeck Strategic Advisors, diverses personnes ont prononcé une allocution : Patrick François, Boursier principal au sein du programme Institutions, organisations et croissance de l’ICRA et professeur à l’Université de la Colombie-Britannique; Lara Aknin, Boursière au sein du programme Interactions sociales, identité et mieux-être et professeure adjointe à l’Université Simon Fraser; et Jacqueline Way, fondatrice de 365 Give. Ce rapport offre un résumé des résultats principaux issus de la recherche présentés par les Boursiers de l’ICRA et de la discussion de groupe avec Jacqueline Way. 

PATRICK FRANÇOIS

Les origines de la prosocialité humaine

L’humain est une espèce hautement prosociale comparativement à d’autres espèces. Les comportements prosociaux (par exemple, confiance, générosité, etc.) chez l’humain s’observent non seulement au sein d’un groupe, mais aussi entre les groupes, et même à l’égard d’autres personnes complètement anonymes. Ce comportement contraste avec celui d’autres espèces étroitement apparentées, comme les chimpanzés qui manifestent la prosocialité uniquement au sein de leur propre groupe. 

L’humain est programmé pour avoir la capacité de suivre les normes. Les origines de la prosocialité humaine sont relativement inconnues. Au fil de l’évolution, nous avons acquis en tant qu’espèce la souplesse de manifester des comportements prosociaux en fonction de l’environnement. 

La compétition de groupe peut induire la prosocialité. Les théories de sélection culturelle de groupe suggèrent que lorsque les humains sont placés dans un environnement de compétition de groupe (plutôt qu’individuel), cela induit des normes et des comportements qui sont davantage prosociaux. Par exemple, des études menées sur des entreprises américaines (c’est-à-dire un endroit où les gens s’attèlent à une tâche collective et luttent contre d’autres organisations) ont démontré que les gens qui travaillent en entreprise dans des secteurs où la concurrence est féroce manifestent davantage de confiance envers des personnes anonymes. De plus, le niveau de confiance augmentait au fil de l’augmentation de la concurrence (c’est-à-dire, plus d’entreprises) dans le secteur. Cette augmentation de la confiance se présentait aussi à un niveau plus macro, au niveau de l’état, avec l’augmentation de la concurrence, et aussi sur le plan individuel quand une personne passait d’un secteur moins concurrentiel à un secteur plus concurrentiel. 

Sans compétition, les gens obtiennent de meilleurs résultats sur le plan individuel quand ils agissent égoïstement et qu’ils convergent sur une norme de comportement égoïste. En présence de compétition, le meilleur résultat pourrait venir grâce au don. Il est possible d’observer le phénomène dans le cadre d’expériences avec le jeu du bien public où des personnes dans un groupe reçoivent un certain montant d’argent. S’ils choisissent d’en donner une partie au groupe, le chercheur multiplie le montant pour accroître le rendement du groupe, mais la fraction des profits que reçoit le donateur demeure inchangée. La plupart des participants commencent par donner, mais se rendent compte qu’il est plus avantageux de ne pas donner. Cela fait contraste avec les expériences où la compétition de groupe est invoquée. Dans de telles expériences, deux groupes jouent l’un contre l’autre et les profits se fondent sur le résultat d’un groupe par rapport au résultat de l’autre. Quoique le don comporte davantage de risque, la compétition de groupe a augmenté le niveau de confiance et la valeur du don. Dans un tel contexte de compétition de groupe, si l’un des groupes voit l’autre donner, il est plus enclin à donner lui aussi et à converger sur une norme prosociale.

Le rehaussement des normes prosociales peut permettre à certains groupes de réussir et d’accroître d’autant plus la prosocialité des nouveaux dans le groupe qui ne manifestent pas déjà ce comportement. La prosocialité chez l’humain n’est pas programmée, mais la capacité de prosocialité l’est. L’humain a tendance à chercher les normes et à s’y adapter. Conséquemment, si les gens perçoivent une norme prosociale comme étant la bonne norme, ils auront tendance à la suivre. 

Les réseaux sociaux et l’identité de groupe jouent un rôle important dans l’établissement et la redéfinition des normes. Les gens sont plus susceptibles de suivre les normes de groupes qui sont le plus étroitement associés à leur identité (par exemple, le genre, la race), mais aussi de gens qui ont du succès (et par conséquent perçus comme pouvant changer les normes). 

LARA AKNIN

Donner fait du bien

La dépense prosociale comporte des avantages émotionnels. Dans une étude portant sur les habitudes individuelles de dépenses mensuelles, seules les dépenses de type prosocial (par opposition à dépenser pour soi) se révèlent être un facteur prédicteur du bonheur, même après avoir neutralisé l’effet du niveau de revenu des participants. Ce résultat a été validé par une autre étude dans laquelle on a remis à des étudiants la somme de 5 ou de 20 dollars à dépenser pour eux-mêmes ou pour d’autres. Les étudiants qui ont dépensé de l’argent pour d’autres, peu importe le montant, ressentaient plus de bonheur que ceux qui avaient dépensé l’argent pour eux-mêmes. 

Les avantages de la dépense prosociale s’observent dans les pays à revenu faible et élevé du monde entier. Même dans les pays qui ont des ressources plus limitées qu’en Amérique du Nord, la dépense prosociale correspond à un niveau de bonheur plus élevé. Par exemple, on a donné à des personnes dans des pays riches et pauvres (même de petites tailles et très isolés) un sac cadeau qu’elles pouvaient garder ou donner, et celles qui décidaient de le donner signalaient un niveau de bonheur plus élevé. 

Les récompenses émotionnelles du don prosocial s’observent à tout âge et pourraient se révéler particulièrement valorisantes si cela coûte quelque chose au donateur. Des enfants de deux ans à qui on a donné l’occasion de donner une friandise à un singe jouet, soit une friandise à eux ou une autre friandise identique, ont présenté un plus grand niveau de bonheur en donnant plutôt qu’en recevant une friandise. Le fait que des enfants affichent le niveau de bonheur le plus élevé quand ils donnent de leurs propres friandises suggère que de donner pourrait être particulièrement valorisant même si c’est coûteux. 

Les gens ne semblent pas avoir l’intuition que les comportements prosociaux comportent des avantages. Les gens sont plus susceptibles de croire que de dépenser 20 dollars pour eux-mêmes, par exemple, les rendra plus heureux que s’ils dépensaient pour les autres. L’incapacité d’anticiper les avantages du don prosocial pourrait en fait constituer un obstacle aux activités prosociales. 

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