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  • Développement du cerveau et de l’enfant

Lutter contre l’adversité pendant la petite enfance

by CIFAR janv. 4 / 17

Aider les enfants vulnérables en milieu scolaire

Le 29 juin 2016, en partenariat avec PolicyWise for Children and Families (anciennement l’Alberta Centre for Child, Family and Community Research), l’ICRA a tenu un dialogue Agents de changement pour explorer comment les premières expériences peuvent influencer le rendement scolaire, la santé et le bien-être à long terme, ainsi que les interventions qui pourraient nous permettre d’aider les enfants les plus vulnérables en milieu scolaire. Ce symposium a réuni des chercheurs et des dirigeants du milieu gouvernemental, communautaire et de l’éducation afin de partager des réflexions et des connaissances en vue de mettre au jour des innovations qui aideront les enfants à s’épanouir.

Animé par Cathie Scott, responsable des politiques et gestionnaire du savoir, PolicyWise, cet événement a mis en vedette des présentations des spécialistes suivants : W. Thomas Boyce, codirecteur et Boursier principal au sein du programme Développement cérébral et de l’enfant de l’ICRA, et professeur à l’Université de la Californie, San Francisco, École de médecine; Bryan Kolb, Boursier principal au sein du programme Développement cérébral et de l’enfant, et professeur, Université de Lethbridge, département de neuroscience; Teresa Vancise, directrice adjointe, Calgary Board of Education; et Margaret Casey, psychologue, Calgary Board of Education. Ce compte rendu donne un aperçu des messages clés issus de ces présentations et des discussions en groupe qui ont suivi. 

TOM BOYCE

L’adversité pendant la petite enfance et le développement du cerveau : Le rôle de la sensibilité, de l’ordre social et de l’école

Le cerveau est un organe hautement complexe et plastique qui se développe très rapidement avant et peu après la naissance. La complexité croissante du développement des circuits neuronaux et cérébraux se traduit, entre autres, par la spécialisation du cortex, le développement du langage et de la parole, ainsi que par le développement des fonctions cognitives supérieures (par exemple, la mémoire de travail et l’imagerie mentale). 

Le développement précoce du cerveau influence la santé et le bien-être à long terme. Le développement du cerveau se produit avant tout pendant les mille premiers jours de la vie, mais les changements qui ont cours peuvent avoir des répercussions la vie durant. Les premières années constituent donc une période sensible en matière d’intervention pour un enfant qui a connu des expériences de vie négatives en bas âge. D’où l’importance d’intervenir tôt, car le rendement des interventions diminue avec l’âge. 

La santé physique et mentale est en corrélation avec le statut socioéconomique (SSE). Une exposition différente aux toxines, à l’alimentation, aux soins de santé, au logement, à l’adversité, au stress et à la violence, entre autres, aura des répercussions différentes sur la santé et le développement des enfants en fonction de l’environnement socioéconomique. Les enfants vivant dans la pauvreté ont tendance à subir une plus grande exposition à ces agents stressants précoces que les enfants de familles à revenu moyen. En outre, des études signalent une nette association entre un statut socioéconomique inférieur et une plus faible capacité de lecture chez les enfants. 

Les différences individuelles influencent comment les enfants réagissent à leurs expériences et à leur environnement. La réaction des enfants aux agents stressants et aux événements indésirables, ainsi qu’à un environnement social aimant est d’une variabilité considérable. Comme certains enfants présentent une sensibilité accrue — à des facteurs positifs ou négatifs —, et comme l’exposition au stress peut avoir des effets durables sur la santé et le bien-être, il importe de se concentrer en milieu scolaire sur ces enfants plus vulnérables. 

L’hypothèse des enfants orchidées et des enfants pissenlits offrent des suggestions à savoir comment mettre au point des interventions efficaces. Dans le cadre d’expériences de recherche, les enfants (habituellement plus timides) hautement sensibles à leur environnement évoluent bien dans des environnements prévisibles ou quand ils jouissent d’un grand soutien, mais présentent un taux de résultats négatifs plus élevé dans des environnements défavorables et indifférents. On dit qu’ils sont des enfants orchidées. Conséquemment, leur environnement social détermine grandement leurs résultats dans la vie. D’autres enfants semblent être plus résilients face à des défis stressants et présentent une réactivité biologique moindre par rapport à leur environnement social. On dit qu’ils sont des enfants pissenlits, car ils s’épanouissent, peu importe l’environnement où ils se trouvent. 

BRYAN KOLB

La plasticité du cerveau en développement

Dans les premières années de la vie, le développement du cerveau est considérable. Les événements qui se produisent après la naissance influencent le développement et le bien-être de l’enfant. Et les événements qui ont cours avant et pendant la grossesse ont aussi une grande incidence. 

L’environnement peut considérablement influencer le développement du cerveau. Les études sur les animaux se sont révélées de puissants outils pour explorer les changements comportementaux et structuraux qui se produisent dans le cerveau en réaction à diverses formes de stimulation. Parmi les facteurs positifs qui contribuent au développement cérébral, notons l’alimentation et la stimulation tactile qui entraînent des changements dans les circuits cérébraux et qui ont aussi une influence sur le comportement émotionnel et social de l’enfant. Parmi les facteurs négatifs qui influencent le développement du cerveau, notons le stress avant la conception (maternel et paternel), le stress pendant la grossesse et les carences (par exemple, la pauvreté). Ces facteurs peuvent contribuer à la réduction du nombre de connexions dans le cerveau de l’enfant, ainsi qu’à une diminution des compétences cognitives, linguistiques et motrices. Ces changements dans le développement cérébral et comportemental découlent de changements dans l’expression génique et d’effets épigénétiques. 

Il est possible d’agir après des expériences négatives, mais il vaut mieux intervenir rapidement pour accroître les chances de réussite.

TERESA VANCISE

Aider les enfants vulnérables en milieu scolaire : Perspective d’une éducatrice

Identifier les enfants vulnérables peut contribuer à favoriser un bon apprentissage. Quatre-vingts pour cent des élèves au primaire peuvent présenter divers besoins et antécédents complexes, notamment : expériences très négatives vécues pendant l’enfance, syndrome d’alcoolisation fœtale, apprentissage d’une langue seconde, trouble grave du comportement – TDAH, trouble de l’apprentissage, retard cognitif et trouble du spectre autistique. Ces antécédents peuvent constituer des obstacles à l’apprentissage en entraînant des problèmes à plusieurs égards, notamment : attachement, régulation de l’affect, dissociation, comportement, cognition et concept de soi. Il est donc important pour un éducateur de comprendre la situation de chaque enfant dans la classe, ainsi que la cause, afin de créer un environnement d’apprentissage favorable. 

Les éducateurs doivent avoir une compréhension approfondie de la recherche actuelle pour être en mesure d’aider correctement les enfants vulnérables. Le cerveau affiche un niveau élevé de plasticité ce qui peut faciliter les interventions visant à améliorer les résultats d’apprentissage chez les élèves les plus vulnérables. 

Il ne faut pas limiter les interventions à la salle de classe, mais plutôt offrir celles-ci à l’échelle du système scolaire. Le système de l’éducation devrait fonctionner comme un orchestre – avec plusieurs intervenants hautement qualifiés qui sont au même diapason, et qui partagent les mêmes connaissances et une même compréhension des interventions fondées sur la recherche visant à créer le changement.

MARGARET CASEY

Méthodes pour guider la pratique

Un changement de paradigme a cours en ce qui concerne la mise au point d’interventions qui pourraient aider les enfants les plus vulnérables. La question n’est plus de savoir ce qui ne va pas chez une personne, mais plutôt de savoir ce qui lui est arrivé. Nous commençons donc à regarder au-delà du comportement et à analyser les expériences et les besoins de l’enfant à travers le prisme du traumatisme. Toutefois, il importe de ne pas présumer que tous les comportements découlent d’un traumatisme ou d’expériences néfastes, et de faire preuve de curiosité pour cerner le véritable problème sous-jacent.

Les interventions fondées sur la recherche scientifique offriront les meilleures possibilités de réussite scolaire. Un changement de paradigme est nécessaire en ce qui concerne la mise au point d’interventions où les éducateurs ont une compréhension solide des recherches actuelles sur le développement du cerveau et de l’enfant, et utilisent la science pour rehausser les pratiques d’enseignement, améliorer les modes d’apprentissage pour tous les enfants et créer un environnement d’apprentissage sécuritaire. En outre, pour que cette intégration fonctionne, le soutien des dirigeants est essentiel.

Les cadres fondés sur la recherche ont réussi à mettre en pratique les résultats scientifiques en vue d’aider les enfants vulnérables en milieu scolaire. L’ARC (attachement, autorégulation et compétence) est un cadre fondé sur la recherche qui reconnaît l’existence de facteurs pouvant miner le développement et auquel ont recours les enfants, les familles et les systèmes pour favoriser ou remettre sur les rails un développement sain. Ce cadre met d’abord l’accent sur la création d’un environnement sain propice à un enseignement efficace. En plus de l’ARC, d’autres cadres ont également réussi à appliquer la science du développement à l’éducation. Dans certains cas, il est possible de jumeler plusieurs cadres, comme de combiner l’ARC et le Modèle de traitement neuroséquentiel (NMT). 

Lors de la mise en œuvre d’interventions destinées aux enfants les plus vulnérables, la prise en charge de l’affect du soignant est essentielle. Les travailleurs de première ligne qui prennent soin des enfants vulnérables ont aussi besoin de mécanismes de soutien, car il s’agit d’un travail qui peut entraîner un stress traumatique secondaire. 

Les interventions ne doivent pas se faire en silos. Le travail d’équipe est important et devrait réunir des professionnels de divers segments du système de l’éducation où prévaut une terminologie commune. 

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