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Découverte d’une levure intestinale en lien avec l’asthme

by Juanita Bawagan mars 20 / 17
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Dans une étude portant sur les bébés, menée en Équateur, la présence d’un type particulier de levure (Pichia) dans l’intestin semble être un facteur prédicteur important de la manifestation de l’asthme dans l’enfance. (Rozlyn Boutin)

La levure s’est ajoutée à la liste des microorganismes intestinaux qui jouent un rôle dans des maladies comme l’asthme.

Dans une étude portant sur les bébés, menée en Équateur, la présence d’un type particulier de levure dans l’intestin semble être un facteur prédicteur important de la manifestation de l’asthme dans l’enfance. Ces nouvelles recherches réalisées par Brett Finlay, codirecteur du programme Microbiome humain et microbiologiste à l’Université de la Colombie-Britannique, sont les premières à repérer une association entre la levure et l’asthme.

« Les microorganismes en début de vie constituent un facteur déterminant de la survenue ou pas de l’asthme tôt dans la vie », dit Finlay à des journalistes à la réunion de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) à Boston, le 17 février. « Une fois le cap de la première année de vie franchie, il est trop tard. »

En 2015, Finlay a identifié quatre bactéries intestinales qui semblent prévenir l’asthme chez les enfants canadiens : Lachnospira, Veillonella, Faecalibacterium et Rothia. Les enfants qui comptaient moins de ces bactéries pendant les cent premiers jours de vie étaient plus susceptibles de souffrir d’asthme à cinq ans. En outre, quand les chercheurs ont implanté des matières fécales contenant ces bactéries chez des souris chez qui ne les avaient pas, les souris semblaient protéger des symptômes asthmatiques.

Finlay s’est demandé si ce lien entre l’asthme et les bactéries intestinales était propre aux enfants canadiens ou s’il existait partout sur la planète. Dans une étude de suivi, des microbiologistes ont examiné les selles de cent enfants dans des zones rurales en Équateur qui affichaient un taux d’asthme comparable. Les chercheurs ont découvert que bien que les quatre bactéries intestinales jouaient un rôle dans la prévention de l’asthme en Équateur, c’est plutôt la présence d’un type de levure appelée Pichia qui constituait une association plus forte avec l’asthme. Toutefois, plutôt que de prévenir l’asthme, la présence de Pichia tôt dans la vie augmentait la susceptibilité des enfants.

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Des microbiologistes ont examiné les selles de cent enfants dans des zones rurales en Équateur qui affichaient un taux d’asthme comparable. (Phil Cooper)

« Les microorganismes sont différents en fonction du lieu, mais tout cela se tient, dit Finlay. L’exposition microbienne avant le début de la vie joue un rôle important dans la définition du système immunitaire et sur la façon dont une personne devient asthmatique, et maintenant nous pouvons ajouter la levure à la liste. »

La plupart des recherches sur le microbiome – les microorganismes qui colonisent l’intestin – ont mis l’accent sur les bactéries, plutôt que sur les champignons, comme la levure. Non seulement les champignons sont plus difficiles à séquencer, mais on les trouve aussi moins fréquemment dans l’intestin, comparativement aux bactéries et aux virus. Toutefois, grâce à de nouvelles technologies, les collègues de Finlay ont pu séquencer des champignons dans l’étude menée en Équateur. Ils vont maintenant réexaminer les échantillons canadiens pour tenter de détecter la présence de levures dans l’intestin des enfants.

À l’aide de ces percées technologiques, Finlay espère que les scientifiques pourront mieux comprendre comment les levures influencent l’asthme. Selon une hypothèse, les champignons interagiraient avec les bactéries qui participent à la synthèse des acides gras à courtes chaînes. Ces acides gras ont été mesurés chez l’enfant et ils semblent influencer le fonctionnement du système immunitaire.

« Nous savons que les microorganismes intestinaux jouent un rôle dans de nombreuses maladies et je crois que nous allons découvrir nombre de scénarios similaires avec ces levures », dit-il.  

« Les levures sont là, nous l’avons compris, et nous devons maintenant élucider ce qu’elles font. »


Finaly a présenté ses recherches dans le cadre d’une séance intitulée « Microbes and Humans: Effects on Health, Disease, and Society » avec la codirectrice du programme Microbiome humaine, Janet Rossant (Hôpital pour enfants malades), le Boursier principal Eran Elinav (Institut Weizmann des sciences) et Ana Duggan du laboratoire du Boursier principal Hendrik Poinar (Université McMaster). Ils étaient parmi plusieurs chercheurs de l’ICRA à participer à la réunion de l’AAAS 2017.