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La perte accentue la douleur de l’inégalité

by Juanita Bawagan avr. 13 / 17
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Comme le dit le diction : « Les pertes font plus mal que les gains ». Toutefois, une nouvelle expérience révèle la psychologie qui sous-tend cette expression et offre une façon différente d’examiner l’inégalité entre riches et pauvres.

Dans cette expérience, deux personnes ont chacune lancé un dé pour un paiement en plus ou en moins. Quand une personne perdait de l’argent et que l’autre en gagnait, l’inégalité des gains menait à des émotions plus négatives chez le perdant. Toutefois, quand les deux personnes gagnaient de l’argent – même à des niveaux différents – cette inégalité n’avait absolument aucune incidence émotionnelle.

Un récent article de travail résume la chose ainsi : « Les pertes sont mauvaises et l’inégalité est mauvaise, mais leur association est pire que la somme des parties ».

« Peu importe le montant que vous obtenez, il s’agit de savoir si vous allez vous trouver dans une situation pire si les gens font mieux que vous. Et le résultat variera selon que vous avez réalisé une perte ou un gain », dit Guy Mayraz, auteur principal et économiste comportemental (Université de Melbourne).

Mayraz a conçu l’expérience avec Lara Aknin (Université Simon Fraser), Boursière au sein du programme Interactions sociales, identité et mieux-être, et John Helliwell (Université de la Colombie-Britannique), directeur du programme. Mayraz est aussi un ancien du programme des Chercheurs mondiaux ICRA-Azrieli.

De façon générale, les économistes ont étudié l’inégalité par l’entremise de la statistique d’observation. Ces chiffres offrent une masse d’information, mais ne peuvent pas toujours démontrer un lien de causalité. Pour isoler la réaction émotionnelle à l’inégalité, Aknin, une psychologue, a conçu l’expérience en se basant sur des expériences antérieures similaires qu’elle avait menées à son laboratoire Helping and Happiness Lab. Récemment, le groupe a réalisé une autre variation de l’expérience et pourrait recueillir plus de données et ajouter à l’étude initiale qui comptait 287 personnes.

Cette petite expérience peut contribuer à illustrer des économies contemporaines, comme celle des États-Unis. Dans les dernières décennies, le centile supérieur des ménages américains a reçu la majeure partie des gains économiques, alors que la part de la moitié inférieure a chuté, selon le Rapport mondial sur le bonheur de 2017, codirigé par Helliwell. Le rapport démontre que le revenu du centile supérieur est équivalant à la part du 70 pour cent inférieur.

La combinaison des pertes dans la tranche inférieure avec la poursuite des gains dans la tranche supérieure aggrave ce sentiment d’inégalité, explique Mayraz.

« C’est doublement important que les pauvres réalisent véritablement des gains parce qu’ils seront en meilleure position et parce que c’est ce qui déterminera s’ils souffriront du fait que les riches ont plus », dit-il.

Les chercheurs ont découvert que les gagnants dans l’expérience du dé avaient aussi ressenti des émotions négatives quand l’autre participant perdait. Dans les deux cas, le fait de connaître les résultats du participant dans une situation de perte ou de gain menait à des émotions plus négatives.

Cette expérience pourrait démontrer pourquoi certaines personnes évitent de se renseigner sur comment vivent les autres. Mayraz cite des exemples d’« isolement social » où, dans certaines sociétés, des gens riches utilisent rarement les services publics et se coupent de tout contact avec la pauvreté. De même, les communautés les plus pauvres ne savent pas comment vivent les riches et c’est peut-être mieux ainsi – sur le plan émotionnel.

« Pour protéger ses émotions, il pourrait s’agir là d’une réaction rationnelle », dit Mayraz.

« Mais même si c’est vrai, on peut toujours avancer que cette situation pourrait être mauvaise sur le plan politique, car les gens n’ont alors aucune idée de l’ampleur de l’inégalité dans leur société. »

Dans la réalité, le revenu n’est pas aussi équitable qu’un lancer de dé, et les enjeux sont bien plus grands que quelques dollars. L’inégalité s’accompagne aussi d’agents stressants – du paiement de l’hypothèque jusqu’à l’achat de nourriture – qui constituent une grande épreuve émotionnelle. Les gens trouvent peut-être qu’un résultat est inéquitable, « mais quand il y a des pertes, cela ajoute un élément supplémentaire qui autrement serait absent », écrivent les auteurs.


L’article de travail « Losses change the experience of inequality » a été publié le 4 mars 2017.