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Preuve d’un état d’esprit psychédélique

by Eva Voinigescu mai 17 / 17
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Ces musiciens et artistes célèbres qui vantaient les drogues psychédéliques comme ingrédient clé de leur créativité avaient peut-être mis le doigt sur quelque chose – au moins en ce qui concerne la diversité des signaux dans le cerveau.

Des chercheurs du Centre de recherche sur la conscience Sackler à l’Université du Sussex ont découvert une signature cérébrale distinctive de l’état de conscience psychédélique. Des sujets sous l’influence de l’une de trois drogues psychédéliques ont présenté une augmentation de la diversité des signaux cérébraux comparativement à un état d’éveil normal. La diversité du signal cérébral est l’une des mesures de la complexité de l’activité cérébrale.

« Ce résultat démontre que le cerveau sous l’effet de drogues psychédéliques affiche un comportement bien différent de la normale », dit Anil Seth, codirecteur du Centre Sackler et Boursier principal au sein du programme Azrieli de Cerveau, esprit et conscience. « Sous l’effet de drogues psychédéliques, le cerveau est moins prévisible, plus aléatoire et plus diversifié que lorsqu’il est en état d’éveil normal.

Cette étude est la première à démontrer une augmentation de la diversité des signaux comparativement à quelqu’un qui se trouve dans un état d’éveil et de conscience. Les recherches antérieures avaient seulement démontré une diminution de la diversité du signal pendant le sommeil profond et chez les personnes sous anesthésie ou qui souffrent de troubles de la conscience, comme un coma ou un état végétatif.

Seth et ses collègues, Michael Schartner et Adam Barrett, ont examiné des données de MEG (magnétoencéphalographie) provenant de recherches antérieures réalisées à l’Imperial College London et à l’Université de Cardiff auprès de sujets sains qui avaient pris du LSD, de la psilocybine ou de la kétamine. Ils ont analysé les données à l’aide d’un certain nombre de mesures mathématiques existantes de la diversité du signal pour tenter de comprendre pourquoi les drogues psychédéliques créent cette expérience consciente particulière.

En plus d’observer une augmentation de l’activité des signaux neuronaux dans le cerveau des sujets sous l’influence de ces drogues, l’étude a cerné une corrélation entre certains changements dans la diversité des signaux, et le sentiment de dissolution du moi et la vivacité accrue de l’imagination qu’ont ressentis les gens.

Selon Seth, ces résultats font avancer des modèles théoriques de la conscience en démontrant qu’une mesure du niveau de conscience (à quel point une personne est consciente) est également sensible à des différences dans le contenu conscient (de quoi une personne est consciente ou ce qu’elle vit comme expérience). La relation entre ces deux concepts de la conscience fait l’objet d’un débat continu dans le domaine de la science de la conscience et se trouve au cœur des recherches de Tim Bayne, Boursier principal du programme Cerveau, esprit et conscience Azrieli.

Seth et son équipe espèrent réaliser de plus amples recherches pour mieux comprendre le lien entre des interactions neuronales spécifiques et ces expériences psychédéliques, en vue de rehausser notre compréhension de la façon dont le cerveau crée les émotions spécifiques associées au fait d’être conscient.

En misant sur ces résultats, il serait aussi possible de contribuer à une masse croissante de recherche sur la façon et le moment opportun de recourir aux drogues psychédéliques dans le traitement de troubles psychiatriques, comme la dépression.