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Compte-rendu de l’atelier: Bâtir des quartiers prospères

by CIFAR juin 20 / 17

AMÉLIORER LE CADRE DES QUARTIERS POUR FAVORISER LE BIENÊTRE DES ENFANTS ET DES FAMILLES

Le 9 mars 2017, l’ICRA et le Toronto Child & Family Network ont tenu un atelier Agents de changement pour examiner comment les inégalités sociales au sein des quartiers, et entre ceux-ci, peuvent influencer les réseaux de capital social et, en retour, les résultats des quartiers. Avec ces données en main, les participants ont aussi parlé des conditions dans les quartiers qui peuvent au mieux soutenir le bien-être des enfants et des familles, et de la façon de travailler collectivement pour améliorer les résultats.

Animé par Robin Cory, Colbeck Strategic Advisors, l’atelier comptait des présentations par les conférenciers suivants : Candice Odgers, Boursière au sein du programme Développement du cerveau et de l’enfant et professeure à l’École sur les politiques publiques Sanford de l’Université Duke; Mario Luis Small, Boursier principal au sein du programme Interactions sociales, identité et mieux-être et professeur au département de sociologie de l’Université Harvard; et Daniele Zanotti, présidente et chef de la direction de Centraide — région de Toronto et de York. Elaine Baxter-Trahair, coprésidente du Toronto Child & Family Network (TC&FN) et directrice générale des services à l’enfance à la ville de Toronto, a ouvert l’atelier et a fait un survol du travail de TC&FN. Ce rapport présente un résumé des données clés fondées sur la recherche présentées par les Boursiers de l’ICRA et par les groupes de discussion qui ont suivi.

CANDICE ODGERS

L’inégalité du revenu influence les résultats affectifs, scolaires et comportementaux des enfants avec un faible statut socioéconomique. Les recherches examinant les relations entre les enfants et la pauvreté ont démontré que les résultats affectifs, scolaires et économiques diffèrent en fonction du niveau de revenu du quartier où ils vivent. Par exemple, des études ont démontré que les enfants de quartiers à faible revenu ont tendance à avoir de pires résultats que ceux de quartiers mieux nantis.

Une distribution inégale des ressources touche négativement le bien-être de l’enfant. Des recherches menées à l’échelle internationale, régionale et locale ont exploré la relation entre l’inégalité du revenu et le bien-être de l’enfant, en examinant l’impact de l’écart économique entre les enfants provenant de milieux à faible revenu et leurs pairs mieux nantis. Ces études ont démontré que les enfants qui vivent dans des pays où l’inégalité du revenu est élevée tendent à obtenir de pires résultats en matière de bien-être que les enfants qui vivent dans des pays où la distribution des ressources est plus équitable. On observe aussi ces effets dans des pays où le niveau de revenu varie d’une région à l’autre. 

Dans les quartiers à faible revenu, la cohésion communautaire et de bonnes pratiques parentales peuvent protéger les enfants contre des résultats éventuellement négatifs. Des études au R.-U. et aux É.-U. ont exploré les facteurs associés aux quartiers qui contribuent aux résultats chez les enfants. Par exemple, une étude du R.-U. a découvert que certains des quartiers affichant le taux de pauvreté le plus élevé présentaient aussi les plus hauts niveaux d’esprit de communauté et de bonnes pratiques parentales, ce qui s’est révélé utile pour atténuer les effets négatifs de la disparité socioéconomique sur les enfants, comme un comportement agressif à l’école.

Dans les quartiers à revenu mixte, les effets de l’inégalité du revenu peuvent être pires pour les enfants à faible revenu, comparativement à leurs pairs dans des quartiers à faible revenu. Le désir de réduire l’inégalité des chances pour les enfants à faible revenu a fait surgir une tendance à déplacer les familles à faible revenu dans des quartiers aisés. L’étude de telles communautés à revenu mixte est une façon d’explorer l’impact de l’inégalité du revenu sur les résultats des enfants. Comparativement aux enfants à faible revenu qui vivent dans un quartier où la pauvreté est importante, ceux qui vivent dans des quartiers à revenu mixte ont affiché des effets négatifs, y compris un comportement antisocial accru et de moins bons résultats scolaires, en particulier chez les garçons et les enfants de couleur. Des communautés au R.-U. et aux É.-U. affichent ces mêmes résultats.

L’« ombre de la richesse » présente dans les quartiers à revenu mixte peut conférer une situation doublement désavantageuse pour les enfants à faible revenu. Parmi les facteurs qui contribuent aux résultats négatifs chez les enfants dans les quartiers à revenu mixte, notons la menace des stéréotypes et la perception subjective de soi des enfants. Ces enfants pourraient courir le risque de se conformer à des stéréotypes socioéconomiques négatifs véhiculés par d’autres qui les perçoivent comme une menace possible et qui sont moins susceptibles de les accepter pleinement dans la communauté. De plus, ils pourraient se percevoir comme appartenant à un rang social inférieur relativement aux autres, ce qui pourrait entraîner dépression, anxiété et trouble du comportement. Conséquemment, l’écart économique dans les quartiers à revenu mixte entre les enfants à faible revenu et leurs voisins à revenu élevé pourrait mener à une situation doublement désavantageuse : les effets indésirables des ressources limitées, mesurés objectivement, ainsi que les effets indésirables d’une perception sociale de soi négative et subjective. 

Pour garantir que les enfants à faible revenu puissent bénéficier des avantages associés aux quartiers à revenu mixte, les mesures en matière de politiques et de pratique doivent prévoir l’analyse continue de données pour comparer les résultats désirés avec l’expérience réelle des enfants, ainsi qu’éclairer un changement positif. Des écoles et des communautés à revenu mixte, vu leur conception, peuvent entraîner l’isolement et renforcer la distance économique, mais nombre d’entre elles peuvent produire des résultats positifs pour les enfants à faible revenu. Nous devons mieux comprendre comment les communautés à revenu mixte influencent les résultats des enfants et comment garantir des effets plus positifs. Conséquemment, il est nécessaire de disposer d’un mécanisme continu de collecte et d’analyse de données pour déterminer véritablement comment se portent les enfants à faible revenu dans des quartiers à revenu mixte et entraîner des changements qui renforcent leur sentiment d’appartenance et l’inclusivité.

MARIO LUIS SMALL

Les établissements de quartier peuvent constituer un espace important pour améliorer le bien-être des enfants et de leurs parents. Il importe de bien comprendre les rôles éventuels que peuvent jouer ces établissements pour favoriser le bienêtre communautaire. Aux États-Unis, dans les quarante dernières années, il y a eu accroissement du nombre de femmes sur le marché du travail, ainsi que du nombre de jeunes enfants qui fréquentent des établissements de soins à l’enfant, comme les garderies éducatives, le préscolaire et la maternelle. Des recherches récentes ont examiné le rôle des institutions communautaires, comme les centres de soins à l’enfant, dans l’amélioration des résultats associés aux quartiers. En élargissant notre conception d’un centre de soins à l’enfant, ainsi que des bénéficiaires, nous pouvons bien mieux comprendre comment exploiter ces institutions pour lutter contre les difficultés mentales et matérielles des enfants.

Le capital social procure des avantages directs et indirects. Le capital social se compose des ressources de base qui émanent de nos réseaux sociaux. Avant tout, il s’agit de l’information, du soutien social (comme les amis proches qui servent de tampon contre les difficultés affectives et matérielles) et le renforcement des normes (comme la normalisation de la fréquentation scolaire d’un enfant). Différents réseaux procurent différents niveaux de chaque ressource.

Il y a une relation positive entre la fréquentation d’un centre de soins à l’enfant, le capital social et le bien-être de la mère. Une étude portant sur des parents américains et leurs enfants, de la naissance jusqu’à l’âge de cinq ans, a découvert que les mères qui ont un enfant qui fréquente un centre de soins à l’enfant se font plus d’amis que les mères qui n’ont pas d’enfant dans un centre de soins à l’enfant. La création d’amitiés a des effets positifs sur le bien-être des mères, comme une diminution du taux de dépression.

La mobilisation stratégique du pouvoir du capital social peut améliorer la vie des enfants et des mères. Il s’agit d’une ressource que les quartiers peuvent mobiliser à l’échelle institutionnelle de façon peu coûteuse et avec un grand impact. Le capital social est souvent perçu comme de nature informelle et il est difficile à influencer sur le plan structurel. Toutefois, les recherches menées dans les centres de soins à l’enfant ont démontré que l’intégration du capital social dans le modèle de fonctionnement des établissements de soins à l’enfant améliore les résultats pour les enfants et les mères – sans avoir recours à des mesures incitatives supplémentaires coûteuses. Une étude pilote comparant des modèles de classe en centre de soins à l’enfant a découvert que lorsque les classes étaient constituées par quartiers et que les parents étaient encouragés à faire équipe comme « copain de fréquentation », les mères signalaient un nombre supérieur d’amis proches (ainsi qu’un taux inférieur de difficultés mentales et matérielles), et la fréquentation du centre de soins à l’enfant s’améliorait pendant les mois d’hiver. 

DANIELE ZANOTTI 

La communauté est la solution aux défis sociaux. Pour relever des défis sociaux complexes, Centraide utilise une approche axée sur la communauté décrite comme suit par un membre de la communauté : « Nous sommes ceux avec qui nous sommes et là où nous sommes avec eux. » Centraide a créé un modèle où la communauté elle-même se veut la solution aux défis sociaux.

Pour changer le continuum de soutien et créer un changement durable, il faut avoir une compréhension holistique de la communauté, ainsi que des investissements fondés sur la recherche qui sont en adéquation avec les données communautaires. Le travail de Centraide auprès des communautés se fonde sur six piliers : recherche, investissement, évaluation, stratégie, partenariat et sensibilisation. Centraide utilise la recherche pour cerner comment et dans quelle communauté investir; mesure l’efficacité des investissements; fait le suivi des réseaux de partenaires; et transpose la recherche dans les communautés afin de mobiliser les résidents autour de grands enjeux.

La recherche procure les données nécessaires à la réalisation d’investissements réceptifs. La recherche a aiguillé une bonne partie du travail de Centraide ces dernières années en établissant un lien entre la géographie et la pauvreté. Par exemple, le rapport de Centraide, Pauvreté par code postal (2004), examine l’impact sur les groupes vulnérables de la pauvreté croissante à Toronto au cours des deux dernières décennies. Avec ces données en main, Centraide finance maintenant les banlieues de Toronto, plutôt que de financer le centre-ville de Toronto où se trouvent la plupart des agences du réseau. Le rapport de Centraide, Pauvreté par code postal 2 : Pauvreté verticale (2011), a examiné le nombre croissant de quartiers extrêmement pauvres dans les proches banlieues de Toronto, ainsi que la concentration de la pauvreté dans les tours d’habitation locatives de ces quartiers. Ce rapport a contribué à l’Initiative 2012 Tower Neighbourhood Renewal qui réunit diverses parties prenantes pour revitaliser les communautés qui habitent ces tours. À l’heure actuelle, Centraide examine si l’intensification dans le centre-ville de Toronto n’entraîne pas un besoin accru en matière de services.

Bien qu’il faille encore réaliser des investissements directs au profit des enfants, un investissement holistique dans les communautés contribuera à approfondir les services à la communauté. Actuellement, Centraide explore de plus amples investissements holistiques dans les communautés, comme son engagement de 87 millions de dollars en 2017 au profit de programmes et d’agences dans la région de Toronto pour approfondir son travail en ce qui concerne la pauvreté et la géographie. Cet engagement réunit un réseau de partenaires composé de 62 organismes d’ancrage qui travailleront ensemble pendant les cinq prochaines années pour créer un noyau urbain dans la région. Pour servir au mieux les communautés dans la région, Centraide financera aussi de nouveaux programmes pour la première fois depuis dix ans en vue de mettre en lien de nouveaux partenaires et des partenaires existants par l’entremise de neuf axes de programmes. 

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