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Mesurer le rêve américain

by Juanita Bawagan juin 29 / 17

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Le « rêve américain » se fonde sur l’idée que les États-Unis constituent une terre de possibilités où quiconque travaille fort peut se donner une vie meilleure, peu importe les circonstances.


Un des éléments clés de ce rêve est que les enfants gagneront plus que leurs parents. Ce scénario était une quasi-certitude pendant le boom économique d’après la Deuxième Guerre mondiale, mais la possibilité de réaliser ce rêve diminue à un rythme alarmant.

Un article publié dans la revue Science parle du déclin étonnant de la mobilité ascendante du revenu aux États-Unis au fil d’un demi-siècle. L’étude démontre que de 1940 à 1984, le pourcentage des enfants qui gagnaient plus que leurs parents était passé de 92 pour cent à 50 pour cent. De plus, pour rétablir les niveaux antérieurs de mobilité ascendante, il faudrait partager plus largement la croissance du PIB.

Cette forte baisse de la mobilité a étonné le coauteur David Grusky, Boursier principal au sein du programme Bien-être collectif de l’ICRA et sociologue à l’Université Harvard où il étudie l’inégalité depuis plus de trente ans.

« Quand nous avons examiné les estimations pour la première fois, j’ai commencé à demander à mes amis de deviner quels pourraient être les résultats et personne, absolument personne, n’a prédit un déclin aussi spectaculaire », dit Grusky.

L’étude se penche sur deux facteurs principaux qui déterminent ce genre de mobilité ascendante : la croissance du PIB et la distribution du revenu. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont examiné comment la mobilité ascendante pourrait être rétablie et ils ont découvert que la plus grande amélioration proviendrait d’un retour à un partage plus large du revenu. C’est seulement quand le PIB de 2010 a été partagé aussi largement qu’en 1940 que la mobilité absolue du revenu a augmenté jusqu’à 80 pour cent.

« Quand nous avons examiné les estimations pour la première fois, j’ai commencé à demander à mes amis de deviner quels pourraient être les résultats et personne, absolument personne, n’a prédit un déclin aussi spectaculaire »

Bien que le maintien de taux élevés de mobilité ascendante soit un engagement important aux États-Unis, Grusky note que « nous n’avons pas réussi par le passé à vérifier si nous avions réalisé ou non cet engagement. »

La raison principale pour laquelle la mobilité absolue n’a pas été mesurée est qu’il faut des données de panel établissant un lien entre le revenu des parents et celui des enfants. Même si de telles données de panel sont recueillies dans quelques enquêtes aux États-Unis, celles-ci sont trop petites pour nous permettre de suivre les tendances. L’étude dans la revue Science a pu se faire grâce à l’analyse de dossiers fiscaux dépersonnalisés de plus de 10 millions de paires enfants-parents et au regroupement de ces données avec des données de recensement et d’enquête.

Dans une série d’articles influents, l’économiste Raj Chetty (Université Stanford), coauteur de cette étude, a utilisé les données fiscales pour fournir de nouveaux renseignements sur la mobilité économique aux États-Unis. À cette fin, Chetty a créé le Equality Opportunity Project afin d’utiliser des « mégadonnées pour cerner de nouveaux axes vers la mobilité ascendante ». Grusky est l’un de ses collaborateurs au sein d’une équipe qui examine diverses façons d’améliorer la capacité du pays à mesurer la santé du rêve américain au fil du temps.

Il faut faire le suivi de ces tendances, dit Grusky, afin de mieux comprendre si de nouvelles politiques destinées à accroître la mobilité sont nécessaires.

« Quand une société comporte des inégalités importantes, nous avons observé que diverses conséquences négatives s’ensuivent, notamment que le rêve américain devient inaccessible pour bien des gens », dit Grusky. « Au bout du compte, il est possible que la plupart des gens soient prêts à assumer ce coût, mais ils ont certainement besoin d’information pour prendre cette décision. »

L’article « The fading American dream: Trends in absolute income mobility since 1940 » a été publié dans la revue Science, le 24 avril.