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Les racines emmêlées du populisme

by Juanita Bawagan oct. 13 / 17
Populism

À présent, la montée du populisme est claire.

Les partis populistes sont passés des coulisses à l’avant-scène de la politique à travers l’Europe, l’attrait populiste a alimenté le vote en faveur du Brexit et un candidat populiste est le président des États-Unis. La montée du soutien au populisme de droite dans les démocraties occidentales change déjà l’histoire, transforme les politiques et pose une menace à la démocratie.

Et même avec tous les signes et les symptômes alarmants du populisme, les causes demeurent obscures. Une grande partie du débat a visé à comprendre la montée du populisme dans le cadre d’un phénomène économique ou culturel. Selon Peter Hall, il s’agit de la mauvaise approche.

« Je crois que c’est une erreur que d’analyser le problème en ces termes, car le véritable enjeu est de comprendre comment le développement économique et le développement culturel convergent pour accroître le soutien actuel au populisme », dit Hall, Boursier associé de l’ICRA et cofondateur du programme Bien-être collectif de l’ICRA, et professeur de la Fondation Krupp d’études européennes à l’Université Harvard.

Dans un prochain article, Peter Hall et Noam Gidron, coauteurs de l’article, présentent une approche qui retrace les racines culturelles et économiques interconnectées de la droite populiste d’aujourd’hui.

À l’aide de données de sondage de démocraties européennes et nord-américaines, y compris les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, ils démontrent que des niveaux inférieurs de statut social subjectif sont en corrélation avec le soutien dont bénéficient les partis populistes de droite. Depuis 1985, les hommes blancs de la classe ouvrière se sont vus descendre l’échelle sociale. Cette baisse du statut social est aussi en corrélation avec la montée du soutien accordé aux partis populistes de droite.

« Ces déclins sont modestes, mais ils sont relativement uniformes à travers une gamme de démocraties assez différentes », dit Hall. « Il s’agit d’une indication que les hommes qui ont un faible niveau d’instruction en particulier se sentent marginalisés dans la société. Ils ont l’impression qu’ils n’ont plus le respect social ni le statut social auxquels ils auraient pu s’attendre jadis. »

L’article démontre comment le développement économique et le développement culturel interagissent pour influencer le statut social. À titre d’exemple, considérons l’enseignement supérieur. Alors que l’avantage salarial associé aux diplômes augmente, les ouvriers sans ce niveau d’instruction sont désavantagés sur le plan économique. Mais les changements culturels qui attachent plus de prestige à l’éducation universitaire diminuent simultanément le respect que commandent les emplois de cols bleus, ainsi que l’estime de soi de ces ouvriers. 

L’article tire son inspiration d’une présentation de Cecelia Ridgeway (Université de Stanford) sur le statut social et d’une discussion intense sur le populisme lors d’une réunion du programme Bien-être collectif en janvier. Les thèmes principaux de l’article se fondent aussi sur des discussions de longue date au sein du programme qui réunit des économistes politiques comme Hall, des économistes, des sociologues, des historiens et des psychologues dont l’objectif est de cerner les perspectives dans chaque domaine qui mènent à des problèmes sociaux.

Dans un document de travail, les auteurs explorent plus à fond la relation entre le statut social et le populisme.

L’un des changements culturels les plus significatifs dans les trente dernières années est la promotion de l’égalité entre les sexes, du multiculturalisme, des valeurs laïques et des droits des LGBTQ. Hall souligne que l’amélioration du statut social de certains groupes n’a pas à diminuer le statut d’autres groupes. Toutefois, quand les gens n’ont pas d’autres formes de statut social, comme l’éducation ou le revenu, ils pourraient comparer leur statut avec d’autres. Hall a découvert que le soutien à la droite populiste est le plus fort, non pas au bas de l’échelle du revenu, mais plusieurs barreaux au-dessus, là où les gens ont l’impression que leur statut est menacé.

Alors que faire? Hall dit que d’« offrir une compensation aux perdants » ne suffit pas. Une des grandes priorités serait de créer des emplois décents et améliorer la qualité des emplois existants. L’argent n’est pas la seule définition d’un bon emploi. Les emplois offrent aussi un statut, suscitent le respect et permettent de participer à la société dominante. Parmi les partisans de la droite populiste, la reconnaissance sociale semble être tout aussi importante que la redistribution économique.  

De plus, les politiciens de l’avant-scène doivent démontrer aux électeurs que les efforts déployés pour garantir l’égalité ne les menacent pas nécessairement, dit Hall.

« La politique du populisme est la politique de la peur. La caractéristique la plus frappante à cet égard est la peur des gens quant à ce qu’un avenir incertain pourrait leur apporter et apporter à leurs enfants », dit-il.

« Le populisme se nourrit de la peur de ne pas savoir et toute initiative pour tenter de le contrer doit en tenir compte. »

« The Politics of Social Status: Economic and Cultural Roots of the Populist Right » sera publié dans le British Journal of Sociology en novembre. « Populism as a Problem of Social Integration » est un document de travail présenté à la réunion de l’American Political Science Association cette année.