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Les téléphones intelligents, mauvais pour certains ados, pas tous

by Juanita Bawagan févr. 21 / 18
Smartphones are bad for some teens, not all

Les téléphones intelligents auront-ils un effet bénéfique ou néfaste sur la prochaine génération? La réponse est complexe et les recherches démontrent que cela dépend beaucoup de la vie hors ligne.

Dans un commentaire publié aujourd’hui dans un numéro spécial de Nature sur la science de l’adolescence, Candice Odgers avance qu’il ne faudrait pas voir les téléphones intelligents comme quelque chose de mauvais pour tout le monde. Son article souligne des recherches sur la façon dont les ados utilisent les outils en ligne pour tisser des relations et organiser des activités dans la vraie vie. Toutefois, elle examine aussi des données voulant que des ados vulnérables subissent davantage d’effets négatifs de la vie en ligne.

« Ce que nous observons actuellement est peut-être l’émergence d’un nouveau type de fracture numérique où des différences dans les expériences en ligne amplifient les risques chez des adolescents déjà vulnérables », écrit Odgers, Boursière au sein du programme Développement du cerveau et de l’enfant et professeure de psychologie et de comportement social à l’Université de la Californie à Irvine.

Depuis dix ans, Odgers fait le suivi de la santé mentale d’adolescents et de leur utilisation d’un téléphone intelligent. Dans son enquête sur des enfants d’âge scolaire en Caroline du Nord, 48 pour cent des enfants de 11 ans ont dit posséder un téléphone cellulaire. Et chez les enfants de 14 ans, ce pourcentage passe à 85 pour cent. Malgré l’utilisation répandue de la technologie numérique, elle note que la recherche n’a découvert aucune association négative entre le bien-être mental et une utilisation « modérée ».

Les effets négatifs de la technologie apparaissent quand les chercheurs examinent plus à fond les paramètres démographiques.

Les effets négatifs de la technologie apparaissent quand les chercheurs examinent plus à fond les paramètres démographiques. Les ados de familles dont le revenu du ménage est inférieur à 35 000 dollars par année passaient trois heures de plus devant un écran à regarder la télé et des vidéos en ligne que les ados de familles dont le revenu du ménage est supérieur à 100 000 $ US, selon une étude de grande envergure aux États-Unis.

Le temps supplémentaire passé à l’écran pourrait aussi se traduire par plus de problèmes hors ligne. Les résultats de l’enquête d’Odgers ont démontré que les ados de familles à faible revenu ont signalé davantage de bagarres, de disputes et de problèmes à l’école qui ont commencé sur les médias sociaux.

« Dans les 25 dernières années, l’inégalité du revenu et l’inégalité des chances entre les enfants de familles à faible revenu et leurs pairs mieux nantis se sont accentuées. Leur accès aux ressources diminue constamment et les adultes s’investissent moins dans leur vie », dit Odgers. « Pour de nombreux enfants, la situation serait catastrophique si ces inégalités se reproduisaient dans le monde en ligne. »

« Il nous faut plutôt exploiter les données pour comprendre les expériences très différentes que les gens de divers milieux vivent en ligne »

De plus amples recherches sont nécessaires pour mieux comprendre si les expériences en ligne aggravent ces inégalités et, le cas échéant, comment. Selon Odgers, il est nécessaire de réaliser une initiative interdisciplinaire réunissant des spécialistes du cerveau et de l’enfant, et des spécialistes des interactions entre l’humain et l’ordinateur.

En tant que parent, Odgers comprend les mères et les pères qui s’inquiètent du temps que passent leurs enfants en ligne. Mais Odgers souligne qu’il ne faut pas laisser place à la peur, car cela pourrait empêcher les chercheurs et les décideurs de cerner les véritables déterminants de la santé mentale.

« Il nous faut plutôt exploiter les données pour comprendre les expériences très différentes que les gens de divers milieux vivent en ligne », écrit-elle.