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En position d'avant-garde

by Eva Voinigescu juil. 19 / 18

Grâce au CIFAR, le Canada demeure à la fine pointe de l’IA

La façade du 19e siècle du siège social de Power Corporation du Canada à Montréal fait contraste avec les discussions sur des technologies de pointe qui s’y sont déroulées un mardi soir, en avril dernier. À l’intérieur, certains des plus grands dirigeants d’entreprise du Canada ont entendu une sélection des plus grands experts mondiaux de l’intelligence artificielle, y compris Yoshua Bengio et Joëlle Pineau, Boursiers principaux du CIFAR, et ont célébré le succès retentissant de l’écosystème de l’IA au Québec.  

Yoshua Bengio
Yoshua Bengio

Ce succès à Montréal est un microcosme de ce qui se passe à l’échelle nationale, grâce en partie à la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle et au leadership du CIFAR en IA. Il s’agit d’un exemple de la façon dont un partenariat solide entre la recherche, le gouvernement et l’industrie peut attirer et maintenir en poste les plus grands talents du monde, ainsi que maintenir le Canada à la fine pointe dans un domaine qui définira de façon importante notre mode de vie à l’avenir. 

Joelle Pineau - AI
Joelle Pineau

Les Canadiens et la recherche financée par le Canada sont depuis longtemps au premier plan des développements en intelligence artificielle. Dans les années 1980, le CIFAR a facilité la venue de Geoffrey Hinton au Canada et l’a embauché; il est maintenant conseiller scientifique principal à l’Institut Vecteur. À l’époque, la plupart des chercheurs en IA voyaient les réseaux neuronaux comme un cul-de-sac. Néanmoins, Hinton a lancé ce qui est maintenant le programme Apprentissage automatique, apprentissage biologique du CIFAR. Les travaux fondamentaux réalisés par Hinton et d’autres au sein du programme ont contribué à lancer la technologie de l’apprentissage profond que nous connaissons aujourd’hui. L’apprentissage automatique joue maintenant un rôle dans tous les domaines, qu’il s’agisse des voitures intelligentes, de la médecine et du diagnostic personnalisés, des finances et de la science elle-même.

Conséquemment, quand le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 125 millions de dollars au profit de la Stratégie pancanadienne en matière d’IA en mars 2017, il s’est tourné vers le CIFAR pour obtenir de l’aide.

« La feuille de route de longue date du CIFAR à l’appui de la recherche d’avant-garde en IA et sa capacité incroyable à mettre en lien des chercheurs, en transcendant domaines et frontières, pour s’attaquer à des problèmes difficiles a fait du CIFAR un choix évident pour l’atteinte des objectifs de notre stratégie nationale de recherche en IA », dit Elissa Strome, directrice, Stratégie pancanadienne en matière d’IA du CIFAR.  

La stratégie vise à affermir le leadership international du Canada en IA par l’entremise de quatre domaines d’activité principaux. Le premier est l’établissement de trois centres d’excellence en recherche en IA à travers le pays : l’Institut Vecteur à Toronto; le MILA à Montréal; et l’Alberta Machine Intelligence Institute (Amii) à Edmonton. Parmi les dirigeants des instituts, notons des membres actuels et passés du programme Apprentissage automatique, apprentissage biologique, comme Rich Zemel à Toronto, Bengio à Montréal et Rich Sutton, Boursier associé du CIFAR, à Edmonton.   

Le deuxième domaine d’activités, l’activité de marque, est le programme de chaires en IA CIFAR-Canada qui se consacre à l’embauche et au maintien en poste au Canada de chefs de file de l’IA, ainsi qu’au perfectionnement de la prochaine génération d’experts talentueux en IA. Le programme vise à créer au total 50 chaires en IA CIFAR-Canada au sein des trois instituts. Le CIFAR travaille étroitement avec les instituts en IA pour cerner des candidats éventuels et, en février dernier, a nommé sept membres du comité consultatif scientifique international de la Stratégie pancanadienne en matière d’IA. Ce comité, composé de professionnels et d’universitaires de renommée internationale issus d’universités et d’entreprises technologiques de pointe aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas, examinera les nominations pour le programme de chaires en IA
CIFAR-Canada et offrira des conseils stratégiques et une orientation sur la stratégie globale.

Déjà, grâce au financement du gouvernement fédéral, à d’importantes contributions provinciales (50 millions de dollars en Ontario et 100 millions de dollars au Québec) et à des investissements du secteur privé, des chefs de file en matière d’IA viennent au Canada. Garth Gibson, professeur à l’Université Carnegie Mellon, a été nommé chef de la direction de l’Institut Vecteur. Le nouveau laboratoire de recherche de Microsoft à Montréal a embauché Geoff Gordon, aussi de l’Université Carnegie Mellon, et Alán Aspuru-Guzik a quitté l’Université Harvard pour se joindre à l’Institut Vecteur et à l’Université de Toronto à titre de titulaire d’une chaire de recherche Canada 150. 

D’autres investissements ont mis l’accent sur l’élargissement du bassin de personnes ta-
lentueuses au Canada qui détiennent des compétences et de l’expertise en IA. En octobre dernier, le gouvernement de l’Ontario a augmenté son engagement envers la formation en IA en investissant 30 millions de dollars au profit de l’Institut Vecteur sur cinq ans en vue de travailler avec les universités et constituer une solide cohorte d’étudiants en IA au niveau de la maîtrise. 

« La province de l’Ontario a saisi cette importante occasion de réagir à la demande des étudiants et des employeurs d’accroître les possibilités de formation en IA. D’ici cinq ans, l’Ontario souhaite que 1000 étudiants par année dans la province obtiennent une maîtrise dans un domaine lié à l’IA. Une telle densité de talent peut avoir un impact économique positif important », dit Strome.   

Le troisième élément de la stratégie est la création d’un programme national d’activités en IA pour encourager une plus grande collaboration en recherche à travers le pays. Parmi ses activités, notons des ateliers; une réunion des titulaires d’une chaire en IA CIFAR-Canada, à Montréal; et une série d’écoles d’été pratiques qui visent à aider les jeunes, de l’école secondaire jusqu’aux cycles supérieurs, à acquérir des compétences et une expertise qui leur seront utiles dans leur carrière. 

Parmi les écoles d’été, notons tout particulièrement l’école d’été annuelle sur l’apprentissage profond et l’apprentissage par renforcement du CIFAR en juillet prochain, organisée par l’Institut Vecteur et l’Université de Toronto, destinée à 250 stagiaires diplômés et postdoctorants; et le Laboratoire d’été IA pour le progrès social, organisé par l’Université McGill, le MILA et la Fondation OSMO, qui permet aux femmes d’acquérir des compétences et une expertise en apprentissage automatique afin d’accroître leurs possibilités de carrière.  

« Le programme IA et société nous permet d’aborder des questions importantes, mais qui n’attirent pas nécessairement l’attention en ce moment. »

De plus, les ateliers du programme national en IA, Aix (artificial intelligence to the power X — intelligence artificielle à la puissance X), donneront l’occasion à des chercheurs de rencontrer des experts de l’apprentissage automatique et de l’IA pour réfléchir à la façon d’appliquer des méthodes de l’IA à des domaines en particulier. En janvier dernier, un atelier avec l’Institut de la santé publique des IRSC a réuni des chercheurs en santé publique et des chercheurs en IA. Un deuxième atelier, « L’IA pour la neuroscience », aura lieu cet automne. 

« Les trois organismes subventionnaires du Canada viennent de lancer un appel à propositions de projets de recherche sur l’IA, la santé et la société. Nous voyons donc déjà les fruits des ateliers que le CIFAR a contribué à organiser et à animer », dit Strome. 

Le quatrième et dernier élément de la stratégie est peut-être le plus intéressant pour le grand public, consommateur de médias, qui est déjà intrigué par l’incidence qu’aura l’IA sur notre vie quotidienne. Le programme IA et société du CIFAR favorisera la diffusion de la recherche et des politiques générales sur les possibilités et les enjeux éthiques, juridiques, économiques et politiques de l’IA au sein de la société en réunissant des groupes de travail et en publiant des résultats dans des publications pour non-spécialistes accessibles à un large auditoire.  

« Le programme IA et société nous permet d’aborder des questions importantes, mais qui n’attirent pas nécessairement l’attention en ce moment. Cela nous donne l’occasion d’œuvrer à l’échelle internationale et sous des angles différents », dit Brent Barron, directeur des politiques publiques du CIFAR.

« Quand nous examinons ce qui aidera le monde à exploiter au mieux cette technologie, il y a la capacité de recherche, mais aussi l’innovation en matière de politiques et le leadership des dirigeants d’entreprise. Il nous faut arriver à réunir tous ces secteurs », dit-il. Deux domaines d’activités contribueront à l’atteinte de cet objectif.

« Nous avons de grands partenaires sur le terrain et une vision commune à travers le pays. La Stratégie pancanadienne en matière d’IA connaît un excellent départ. »

Un appel à ateliers sollicite des propositions du monde entier dans trois domaines : considérations de politique générale; dynamique mondiale; et la créativité et la découverte. Ces thèmes ont été choisis pour favoriser une plus grande participation des chercheurs en sciences sociales et humaines.

« La plupart des gens à qui j’ai parlé souhaitent vraiment s’engager en transcendant domaines et frontières. Nous voyons peu d’autres mécanismes comme le nôtre qui se consacrent à soutenir ce type d’engagement. »

Les ateliers contribueront à l’établissement de liens et constitueront une source de données précieuse pour la mobilisation du savoir. Les conclusions seront publiées sous la forme de livres blancs, de documents d’information, de rapports et d’autres produits destinés, entre autres, à la communauté gouvernementale, aux associations professionnelles et aux ONG. 

Le dernier volet du programme IA et société est une série nationale de laboratoires stratégiques prospectifs qui réuniront des professionnels en début de carrière au sein du gouvernement avec des gens de centres de réflexion, de groupes de défense d’intérêts et du secteur public dans son ensemble pour explorer les enjeux stratégiques que soulève l’IA. L’objectif est de susciter des discussions quant au potentiel de la technologie dans tous les domaines stratégiques. 

Selon Barron, le Canada a tous les éléments nécessaires pour contribuer à la boussole morale du monde en matière d’IA. 

« Si vous regardez tout ce qui se passe à Montréal, par exemple, en matière d’éthique et de responsabilité sociale, avec l’investissement du gouvernement du Canada au profit du CIFAR et de son programme IA et société, il semble que le Canada réussira à jouer son rôle traditionnel de puissance moyenne dans le monde. À titre de rassembleur et de gardien de la paix qui affiche des valeurs de diversité et d’inclusion. Je crois que ça pourrait être au tour du Canada de briller. »

La portée des efforts du CIFAR en IA est nécessairement ambitieuse. Comme il y a un intense désir de leadership et d’engagement dans le domaine et qu’un nombre impressionnant de joueurs se bousculent à l’entrée, réussir à réunir les gens n’est pas une mince affaire. Heureusement, cela fait plus de 35 ans que le CIFAR exploite et peaufine un modèle efficace pour réunir des groupes diversifiés de joueurs en vue de se pencher sur de grandes questions d’importance mondiale. 

« Comme nous sommes au tout début de la phase de démarrage de la stratégie, la diffusion du savoir constitue vraiment un élément essentiel. Nous faisons un suivi très étroit, entre autres, de tous les événements, les ateliers, les conférences et les groupes d’experts auxquels nous participons, et nous faisons également le suivi de notre visibilité publique à titre de chef de file de la mise en œuvre de la stratégie », dit Strome. 

Et votre vision des choses d’ici un an? 

« Les instituts d’IA bourdonneront d’activités et entreprendront des recherches de pointe pour continuer à faire évoluer la technologie de l’IA », dit Strome. « Nous aurons nommé une cohorte incroyablement forte et diversifiée de chercheurs de renommée mondiale qui sont venus travailler au Canada ou qui y sont restés et qui sont maintenant titulaires d’une chaire en IA CIFAR-Canada. Notre programme national d’activités touchera un auditoire plus large et aura réuni des experts de tous les domaines, de partout au pays. Finalement, les activités du programme IA et société auront mené à la création de nouveaux domaines de recherche qui éclaireront le processus décisionnel dans une variété de secteurs. »  

« C’est ambitieux », reconnaît Strome, « mais nous avons de grands partenaires sur le terrain et une vision commune à travers le pays. La Stratégie pancanadienne en matière d’IA connaît un excellent départ. »