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Un ancien boursier du CIFAR partage le prix Nobel d’économie

by Cynthia Macdonald
oct. 30 / 18
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Romer a exploré ses théories primées sur la croissance endogène en collaboration avec des collègues des programmes du CIFAR qui portent sur l’économie

Il y a plus de vingt ans, Paul Romer a contribué à la création d’un programme en économie au CIFAR où il a exploré ses idées sur l’importance du changement technologique pour la croissance économique. Cette année, ces idées lui ont valu le prix Nobel d’économie qu’il partage avec William Nordhaus, économiste de l’Université Yale.

Ce nouveau prix Nobel fait monter à 19 le nombre de lauréats d’un prix Nobel qui ont participé ou qui participent encore aujourd’hui au CIFAR.

Au début des années 1990, Romer a joué un rôle central dans la création du programme Politique et croissance économiques du CIFAR qui a donné lieu au programme actuel Institutions, organisations et croissance. Par la suite, il a occupé plusieurs postes importants au sein du milieu universitaire et des affaires, plus récemment à titre d’économiste en chef de la Banque mondiale et directeur de l’Institut Marron de gestion urbaine de l’Université de New York.  

Dans un article novateur, publié en 1990, intitulé Endogenous Technological Change, Romer a réussi à résoudre un problème qui contrariait d’autres économistes. De nouvelles idées semblaient favoriser le progrès – mais pourquoi? Grâce à la création d’un modèle appelé aujourd’hui la théorie de la croissance endogène, Romer a offert une explication scientifique convaincante.

Tout comme Nordhaus, dont l’objet de recherche est la politique climatique, Romer a démontré que les nouvelles idées ne font pas que s’améliorer sur le plan moral : elles constituent le moteur même d’une économie qui fonctionne bien. Les idées, contrairement aux objets physiques, comme les voitures ou les aliments, ne sont pas « en rivalité ». On peut les partager, elles sont inépuisables et n’ont pas de date de péremption. Et mieux encore, on peut les diffuser facilement grâce à la technologie moderne.

Au début des années 1990, le talent naissant de Romer en matière d’innovation a naturellement attiré l’attention du fondateur du CIFAR, Fraser Mustard, qui partageait son amour du travail interdisciplinaire.

« Fraser était comme une force de la nature – il faisait bouger les choses grâce à sa seule énergie et à son engagement », Romer dit. « Aujourd’hui, tout comme jadis, le CIFAR fait ce que j’ai décrit chez les villes. Il crée des points de connexion autour desquels les gens peuvent se rassembler. » Romer reconnaît aussi que le CIFAR a joué un rôle important en mettant l’accent sur la résolution de problèmes bien réels en matière de politiques. « Il s’agissait d’une initiative audacieuse qu’il aurait fallu encenser même en cas d’échec », dit-il. « Mais l’initiative a été un succès. Conséquemment, nous avons encore plus de raisons de célébrer les réalisations de Fraser et les réalisations continues du CIFAR. »

Fraser était comme une force de la nature – il faisait bouger les choses grâce à sa seule énergie et à son engagement. Aujourd’hui, tout comme jadis, le CIFAR fait ce que j’ai décrit chez les villes. Il crée des points de connexion autour desquels les gens peuvent se rassembler.

Écrit à l’aube de la révolution technologique, l’article novateur de Romer semble maintenant étrangement prescient. « Ce n’est pas que je pouvais prédire l’avenir », dit-il. « Tous ceux qui prétendent le faire se leurrent. Ce que j’ai fait plutôt c’est d’analyser l’histoire. Je trouvais que tout le monde était bien trop pessimiste quant aux tendances à long terme. Quelques années plus tard, il s’est révélé que j’avais raison. »

Pendant longtemps, le pessimisme et l’économie formaient un duo naturel. La « science lugubre » s’est montrée à la hauteur de son surnom pendant la Grande Dépression. Au fil du siècle, la population a pris de l’expansion et la croissance économique a emboîté le pas. Selon Romer, une telle croissance découlait principalement de l’innovation humaine dans de nombreux domaines, comme le transport, l’agriculture, les communications et les soins de santé.  

Il est vrai que les idées ne sont pas toujours bonnes et qu’elles peuvent parfois être destructives. Pour Romer, l’antidote aux mauvaises idées ce sont de meilleures idées. Comme il l’a dit le jour où il a gagné le prix Nobel : « c’est nous qui décidons de ce qui arrive avec la technologie. »

Plus qu’un théoricien, Romer prêche par l’exemple. Il y a 18 ans, il a lancé une plateforme logicielle éducative appelée Aplia, conçue comme un complément à l’instruction en classe. Il s’agit d’un portail où les étudiants ont depuis soumis plus d’un milliard de réponses à des devoirs.

« Il faut garder l’esprit ouvert quant aux lieux où les étudiants apprennent le mieux, ce qui n’est pas toujours à l’école », dit Romer, lors d’une discussion plus large sur l’éducation. Il ajoute que les écoles sont importantes et devraient faire l’objet de mesures continues du rendement. « Une éducation efficace peut augmenter les revenus moyens et réduire l’inégalité », insiste-t-il. « Il y a beaucoup de place à l’amélioration. »

Dernièrement, Romer s’est concentré sur l’établissement de nouvelles villes dans des pays du Sud. Les villes, après tout, constituent le berceau ultime de nouvelles idées et de nouveaux partenariats. Romer croit qu’il est possible d’éviter les pires problèmes urbains (comme l’étalement urbain, les bouchons de circulation, la criminalité et l’itinérance) par l’établissement au préalable de règles de base réalisables.

« Ce qui pose vraiment un gros problème c’est de permettre le développement urbain en l’absence de plans », dit-il. Pour surmonter cette problématique, il aide des administrateurs locaux à créer des collectivités à charte en Colombie et en Éthiopie en établissant une division de l’espace privé et de l’espace public basée sur le festival Burning Man, au Nevada.  

« Burning Man a un plan d’envergure, mais très simple », dit-il. « Il faut que les plans d’envergure soient simples. Si les villes misent au moins sur cet élément, elles auront une chance d’établir toutes les connexions qui font que la vie urbaine est si précieuse. »

Vers la fin du 20e siècle, Paul Romer a réussi à quantifier sur papier la puissance du génie humain. Et dans les années qui se sont écoulées depuis, sa carrière exceptionnelle a été un rappel constant de la façon dont les bonnes idées peuvent aussi fonctionner dans la pratique.