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Une conscience altérée n’est pas une conscience supérieure

by Jon Farrow
nov. 13 / 18
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Banner image courtesy of Daniel Olah on Unsplash.

Ce que les psychotropes nous enseignent sur l’esprit et la conscience

Des drogues comme le LSD et les champignons magiques semblent peut-être élever le consommateur à un plan de conscience supérieur, mais le philosophe Tim Bayne, boursier principal au sein du programme Cerveau, esprit et conscience Azrieli du CIFAR, avance qu’il ne s’agit pas là d’une façon utile de parler du phénomène.

Dans un article récent publié dans Neuroscience of Consciousness, Tim Bayne et Olivia Carter s’attaquent à la notion voulant que la conscience est un phénomène qu’il peut être utile de décrire en ayant recours à la terminologie des « niveaux ». Quels sont leurs arguments? Des études sur le LSD et les champignons magiques.  

L’idée que la conscience se décline en une échelle unidimensionnelle, du coma à la sédation et à l’éveil, est très répandue. Mais il s’agit aussi d’une idée problématique. Certains états peuvent être intuitivement « supérieurs » à d’autres, mais qu’en est-il des états, comme les expériences psychédéliques, qui sont supérieurs à certains égards, mais inférieurs à d’autres? Si de tels états existent – et nous savons que c’est le cas – peut-être le moment est-il venu de commencer à remettre en question la validité de cette échelle.

« Les psychédéliques ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la conscience. Entre autres, nous aimerions savoir pourquoi certains composés ont l’impact qu’ils ont sur la conscience, alors que d’autres – comme les kétamines – modulent la conscience de façons très différentes », dit Bayne.

Les psychédéliques « augmentent la bande passante de l’expérience perceptuelle », par exemple, ils rendent les couleurs plus éclatantes. Mais ils affaiblissent l’attention et la pensée critique, entraînant, par exemple, une capacité réduite de comprendre les proverbes. Si vous vouliez désespérément vous accrocher au cadre des « niveaux de conscience », vous pourriez imaginer que ces augmentations et diminutions s’annulent pour donner une valeur intermédiaire, mais comment pourriez-vous concilier des expériences qui sont qualitativement différentes? Est-ce qu’un sentiment d’unicité ou un sens dilué du temps constitue un état supérieur? Ou un état inférieur? Cette question perd de sa signification.

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Selon Bayne, des données probantes sur les états psychédéliques vont à l’encontre de deux théories majeures actuelles de la conscience, soit la Théorie de l’espace de travail global et la Théorie de l’information intégrée. Ces deux théories se fondent sur un concept unidimensionnel de la conscience et « elles comportent toutes deux de grands problèmes. Nous ne sommes pas prêts d’avoir une théorie plausible de la conscience. »

Pourquoi mettre l’accent sur les psychédéliques en particulier? Les écrits scientifiques sont remplis d’études sur le sujet. Nous comprenons un grand nombre de leurs effets psychologiques, physiologiques et neurologiques. Selon Bayne, cela nous permet de mettre en lien l’univers biologique et l’univers philosophique, et fait des psychédéliques l’outil parfait pour étudier non seulement le cadre théorique de la conscience, mais aussi son fondement biologique, le Saint-Graal pour les chercheurs dans le domaine.

D’un côté, la conscience nous est parfaitement familière, mais d’un autre côté, nos outils ordinaires pour comprendre le monde semblent inadéquats pour éclairer la conscience. Cela pose des défis philosophiques particulièrement profonds et intéressants.

« D’un côté, la conscience nous est parfaitement familière, mais d’un autre côté, nos outils ordinaires pour comprendre le monde semblent inadéquats pour éclairer la conscience. Cela pose des défis philosophiques particulièrement profonds et intéressants. »

Conséquemment, même si les psychédéliques ne nous élèvent pas à un niveau supérieur de la conscience, ils pourraient nous aider à mieux comprendre le phénomène complexe et multivarié qu’est la conscience. Et cela nous rapprochera de l’élucidation de l’une des questions les plus profondes et les plus anciennes de la science : comment c’est dans l’esprit d’une autre personne?