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Comprendre la psychologie de la vertu

by Cynthia Macdonald
janv. 23 / 19

À une époque où sévissent la cyberintimidation, les crimes haineux, les politiciens impolis et la violence physique, il vaut certainement la peine de se demander comment nous pouvons chacun faire mieux. Une nouvelle initiative lancée par deux psychologues du Boston College cherche à trouver une réponse scientifique à cette question.

Katherine McAuliffeLe Virtue Project explorera les racines comportementales de concepts traditionnels, comme l’équité, la charité, la loyauté, la justice et le pardon. Ce travail vient tout naturellement aux cofondatrices Katherine McAuliffe (Chercheuse mondiale CIFAR-Azrieli) et Liane Young, car elles dirigent des laboratoires qui se consacrent déjà, respectivement, à l’étude de la coopération et de la moralité.

« L’étude de la vertu se fait habituellement en théologie et en philosophie, alors c’est très stimulant d’y travailler du point de vue de la psychologie », dit McAuliffe. À ce jour, la plupart de ses recherches ont porté sur la façon dont les enfants assimilent les normes en matière d’équité et s’y conforment, et sur la façon dont ils encouragent les autres à suivre ces normes.

« Une grande partie de mon travail s’est faite dans une optique interculturelle », ajoute-t-elle. « Nous souhaitons comprendre comment différentes sociétés acquièrent ces vertus. »

Comme bien d’autres spécialistes des sciences sociales, McAuliffe croit qu’une trop grande partie de nos connaissances sur la psychologie humaine et le développement de l’enfant provient d’études sur des populations occidentales, instruites, industrialisées, riches et démocratiques. En 2015, elle a réalisé en collaboration une étude bien connue qui visait à élargir ce cadre. Cette étude portait sur l’équité chez des enfants vivant dans sept pays (Canada, Inde, Mexique, Pérou, Sénégal, Ouganda et États-Unis) et a mené à la constatation de différences marquées dans les normes culturelles, avec une observation globale : les enfants n’aiment vraiment pas avoir moins d’une bonne chose que les autres.

McAuliffe a également observé que les animaux non humains, eux aussi, mesurent ce qu’ils reçoivent par rapport à ce que les autres reçoivent — ce qui peut ressembler à de l’« équité », mais n’a que peu à voir avec la vertu. Dans ses travaux, jusqu’à présent, elle a pu démontrer que seuls les humains possèdent ce trait dans sa forme authentique. « La véritable équité consiste à être contrarié quand on a plus que quelqu’un d’autre », dit-elle.

En fin de compte, nous voulons concevoir des systèmes qui favorisent vraiment un bon comportement. Nous voulons aider les gens à faire ce qu’ils savent être bien.

En plus d’étudier les enfants, les adultes et les animaux, McAuliffe et Young souhaitent que leur recherche soit aussi interdisciplinaire que possible. À cette fin, leur équipe collaborera non seulement avec d’autres psychologues, mais aussi avec des économistes, des anthropologues, des philosophes et des historiens.

« Notre objectif principal est d’élargir la portée des études sur la vertu », dit McAuliffe. « Je pense que l’étude de la vertu selon des perspectives différentes – et peut-être même l’étude de ses fondements biologiques – est un nouveau concept. »  

Une meilleure compréhension de la façon dont les gens acquièrent la vertu nous donnera aussi des idées sur la façon de la maintenir. Les recherches de McAuliffe ont déjà démontré que même si les enfants apprennent la différence entre le bien et le mal assez tôt dans la vie, ils ont encore du mal à faire preuve d’équité. Voilà quelque chose que Young et McAuliffe aimeraient contribuer à changer.

« En fin de compte, nous voulons concevoir des systèmes qui favorisent vraiment un bon comportement », dit-elle. « Nous voulons aider les gens à faire ce qu’ils savent être bien. »