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La réalité virtuelle peut-elle changer la compréhension que nous avons de nous-mêmes?

juin 3 / 19

Les technologies de réalité virtuelle (RV) pourraient ouvrir une fenêtre sur la nature de la conscience, tandis que des percées en neuroscience pourraient améliorer les expériences en RV. Le CIFAR réunit les chercheurs et l’industrie pour faire de ce « cercle vertueux » une réalité.

Quelques secondes après avoir enfilé un casque, la réalité virtuelle nous permet de nous plonger dans une autre réalité. Les applications pour le domaine du divertissement sont évidentes. Toutefois, la réalité virtuelle a aussi le potentiel de devenir bien plus qu’un mode de divertissement.

« La RV représente un changement de paradigme révolutionnaire qui non seulement changera tous les champs de l’expérience humaine, mais entraînera aussi des changements philosophiques plus profonds », déclare Kent Bye, un journaliste qui se penche depuis cinq ans sur les possibilités de la réalité virtuelle. 

Au début de 2014, peu après avoir essayé le premier casque de RV sur le marché, Bye s’est lancé dans une quête pour ce qu’il appelle une « histoire orale en temps réel » de la RV. Depuis lors, il interviewe des neuroscientifiques, des dirigeants de sociétés technologiques, des artistes et des programmeurs.

Et Bye n’est pas le seul à placer de grands espoirs sur ce que pourrait accomplir la RV. Ryan Chapman, chef de la direction de Motive, entreprise vancouvéroise qui crée des programmes immersifs de formation en RV, a de vifs souvenirs de la première fois qu’il s’est plongé dans un monde en réalité virtuelle : « Tout semblait tellement réel, j’en étais abasourdi. »

Chapman souhaite utiliser la techno-
logie pour former les gens à effectuer des tâches coûteuses ou dangereuses, sans jamais avoir à sortir du bureau. Des entreprises, comme Walmart, lancent déjà des programmes de formation en RV pour des événements annuels, comme le Vendredi fou, et le géant des télécommunications Verizon offre maintenant un programme de formation en RV pour les employés qui doivent travail-
ler en hauteur. Chapman entrevoit aussi des applications pour les médecins, les pilotes et l’armée.

Des recherches démontrent que la formation en RV est plus efficace que d’autres méthodes. Chapman et d’autres joueurs de l’industrie posent une question : à quel point la RV se rapproche-t-elle de la réalité? 

Voilà où des chercheurs comme Anil Seth entrent en jeu. Membre du programme Cerveau, esprit et conscience Azrieli du CIFAR, Seth explore comment le cerveau construit la réalité. Dans son laboratoire, il a recours à la RV pour étudier l’incarnation — l’expérience d’être soi et d’avoir un corps. Dans un environnement virtuel, comme celui présenté dans un casque de RV, les limites de la physique ne s’appliquent pas.

« À l’aide de la RV, je peux vous créer une main virtuelle et ensuite en changer les paramètres, comme en retarder les mouvements, en changer la couleur ou la taille, et voir comment cela influence l’expérience que vous avez de votre corps », dit Seth.

Il y a souvent un monde entre les laboratoires de neuroscience, et les développeurs de jeux et les programmeurs qui exploiteront les résultats de recherche pour créer des expériences en RV plus immersives. Conséquemment, dans le cadre de la stratégie de mobilisation du savoir du programme Cerveau, esprit et conscience Azrieli, l’équipe de mobilisation du savoir du CIFAR s’est penchée sur des façons de rassembler ces communautés.  

À la Game Developers Conference (GDC) de l’année dernière, à San Francisco, le CIFAR a commandité une discussion d’experts sur la neuroscience et la RV, mettant en vedette deux neuroscientifiques du programme, Alona Fyshe et Craig Chapman, ainsi que Kent Bye et Jake Staunch, chef de la direction d’une entreprise technologique qui a mis au point un casque léger avec EEG qui s’intègre au jeu. Près de 200 personnes se sont entassées dans la petite salle de conférence, illustrant bien que les développeurs de jeu souhaitent ardemment accroître leurs connaissances en neuroscience.  

« Comme nous n’avions jamais participé à la GDC, nous n’étions pas certains si une discussion d’experts sur la RV et la neuroscience intéresserait les gens. Mais vu la salle bondée et les discussions qui ont suivi, nous savions que c’était pertinent », affirme Rebecca Finlay, vice-présidente, engagement et politiques publiques, au CIFAR. 

Pour miser sur cet intérêt, l’équipe de mobilisation du savoir organise à New York en mai prochain un atelier destiné à des chercheurs en neuroscience, comme Anil Seth, à des dirigeants de l’industrie, comme Ryan Chapman, et à des intermédiaires, comme Kent Bye. L’atelier a pour objectif d’explorer les défis communs et de favoriser de nouvelles collaborations.

C’est seulement en se parlant que nous pourrons découvrir si la RV ne sera que la nouveauté du jour, un élément qui deviendra partie intégrante de la boîte à outils des neuroscientifiques et des procédures de formation de toutes les entreprises, ou bien une innovation qui révolutionnera tous les aspects de l’expérience humaine.