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  • Compte-rendu d'événement

L'inégalité en tant que processus multidimensionnel

déc. 12 / 19

Lancement du numéro Été 2019 de Daedalus

Sommaire exécutif

Le CIFAR, en partenariat avec l'American Academy of Arts and Sciences et le Weatherhead Center for International Affairs de l'Université Harvard, a organisé un événement de lancement le 1er novembre 2019 pour célébrer la publication d'un numéro spécial de Daedalus, L'inégalité en tant que processus multidimensionnel. Ce volume collectif, regroupant des essais de boursiers du programme Bien-être collectif du CIFAR et publié sous la direction des codirecteurs du programme Michèle Lamont et Paul Pierson, explore les cadres culturels et sociaux qui peuvent aiguiller les sociétés dans une voie menant à une prospérité encore plus grande et équitable dans un contexte d'inégalité de plus en plus persistante. Par l'entremise d'un débat d'experts interactif, ce lancement a même exploré les répercussions de ce travail sur nos programmes de recherche actuels et futurs, et sa pertinence pour les politiques publiques. Le présent rapport fait état des résultats clés émanant de la conversation. Un enregistrement du débat d'experts peut être visionné ici.

Résultats clés

  • L'inégalité est un processus complexe et dynamique, avec des boucles de rétroaction, qui évolue au fil du temps. Conséquemment, les facteurs qui ont initialement déclenché l'inégalité ne sont peut-être pas les mêmes que ceux qui l'entretiennent et pourraient donc ne pas constituer les meilleures cibles d'intervention. L'adoption d'une vision simplifiée de la nature et de la cause de l'inégalité comporte le risque de s'attaquer au mauvais problème, voire de créer de nouvelles inégalités. L'étude de l'inégalité par la lorgnette de multiples disciplines – notamment la sociologie, la science politique, l'économie, la psychologie sociale et la philosophie politique – peut apporter d'importants points de vue et différentes façons de poser des questions sur des problèmes sociaux complexes.
  • Dans les dernières décennies, de nombreux pays occidentaux ont établi de solides normes sociétales pour lutter contre la discrimination fondée sur le sexe, le genre, l'ethnicité, etc. Mais en parallèle, l'exclusion des pauvres fondée sur des jugements de mérite s'est intensifiée. Cela pourrait s'expliquer en partie par une acceptation croissante de l'idée que la société est méritocratique et que les gens « obtiennent donc déjà ce qu'ils méritent ». Ce discours a mené à un certain niveau de légitimation des disparités socioéconomiques et à un rejet des politiques de redistribution.
  • Pour une bonne analyse des politiques, il faut une bonne analyse politique, car les décideurs doivent déterminer ce qui est attirant pour le public et comment maintenir ou accroître cet attrait au fil du temps. Des connaissances en psychologie sociale et en sociologie culturelle peuvent se révéler utiles pour comprendre comment les gens vont réagir à des propositions en matière de politiques, en nous permettant d'examiner si ces gens ont l'impression que les personnes méritoires se font traiter de façon méritoire. La croissance de l'inégalité économique s'ajoute à d'autres changements sociaux qui rendent l'inégalité plus difficile à résoudre, et cela importe, car l'accès inégal aux ressources économiques devient plus lourd de conséquences pour les chances de réussite dans la vie. Par exemple, comme les récompenses économiques sont de plus en plus associées au niveau de scolarisation, il y a création de « marchés de possibilités » où une personne peut acheter l'accès à une éducation d'élite – en d'autres termes, l'utilisation de ressources économiques pour accroître l'apparence du mérite. En même temps, le coût de la vie et le prix des logements montent en flèche dans les « villes vedettes » les plus dynamiques (celles qui ont le plus d'attrait en matière de capital social, humain, culturel et financier). L'éducation et la vie urbaine offrent toutes deux des occasions de monter sur l'« échelle » de la mobilité sociale, mais ceux qui sont sans ressources financières sont de plus en plus exclus de telles possibilités, et cela « fossilise » l'inégalité entre générations. Plutôt que de s'attaquer immédiatement aux causes fondamentales de l'inégalité persistante, tâche difficile sur le plan politique, les interventions pourraient d'abord miser sur un petit nombre d'établissements d'élite ou de parties prenantes pour les convaincre de changer leurs pratiques, ce qui pourrait alors déclencher une « cascade de normes » favorisant le changement dans la société dans son ensemble.
  • Les inégalités politiques, y compris des enjeux comme la privation du droit de vote des criminels, le découpage arbitraire des circonscriptions, la restriction des droits de vote et les iniquités en matière de financement de campagne, peuvent renforcer la marginalisation politique et économique. Les États-Unis pourraient être un cas inhabituel parmi les pays prospères, car l'inégalité économique se traduit particulièrement facilement en inégalité politique. Quoi qu'il en soit, toutes les sociétés démocratiques sont aux prises avec le dilemme de décider combien elles sont prêtes à payer pour combattre l'inégalité.
  • L'inégalité n'est pas le simple produit déterministe de la mondialisation économique ou de nouvelles percées technologiques. Les sociétés qui font des choix différents en matière de politique et de gouvernance atteignent des niveaux d'inégalité différents. De plus amples comparaisons transnationales peuvent être révélatrices et offrir des perspectives différentes relativement aux causes et aux interventions possibles. Pour faire le pont entre la recherche et les politiques publiques, les universitaires doivent poursuivre leurs interactions avec les groupes de la société civile, et diffuser leur message à un auditoire plus large quant aux grands problèmes sociétaux qui préoccupent le public. Même si la recherche n'offre pas immédiatement de mesures concrètes, elle peut contribuer en changeant le dialogue politique, ce qui est essentiel en vue de recueillir le soutien politique nécessaire pour changer les politiques.

Panélistes

  • Chuck Collins, directeur du programme sur l'inégalité et le bien commun, Institute for Policy Studies
  • Jennifer Hochschild, professeure, Université Harvard (animatrice)
  • Michèle Lamont, professeure, Université Harvard, et codirectrice, programme Bien-être collectif, CIFAR
  • Katherine Newman, chancelière intérimaire, Université du Massachusetts à Boston
  • Paul Pierson, professeur, Université de la Californie à Berkeley, et codirecteur, programme Bien-être collectif, CIFAR

Lectures complémentaires

Ressources du CIFAR :

Perceptions de mérite et inégalités sociales persistantes (compte-rendu d'événement)

Théorisation du pouvoir de la citoyenneté en tant que médiatrice de revendications (compte-rendu de recherche)

Conférence David Dodge 2018 : Les frontières de l'inclusion (compte-rendu d'événement)

De nouveaux modèles pour la prospérité (compte-rendu d'événement)


Pour de plus amples renseignements, communiquez avec : Amy Cook, Directrice principale, Mobilisation du savoir, CIFAR